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Néanmoins ces derniers jours, l'actualité sociale retrouve le devant de la scène à propos d'un accord relatif à la sécurisation de l'emploi, ce qui en langage courant, après traduction de la novlangue libérale, signifie flexibilisation du travail.

Sous l'impulsion du gouvernement, il n'aura échappé à personne, en particulier à Stef d'une autre vie, que les négociations entre le MEDEF et les syndicats ont abouti à un accord dont les principaux éléments sont les suivants :

  • taxation des contrats courts;
  • droits rechargeables à l'assurance-chômage;
  • généralisation des systèmes de complémentaire santé ;
  • flexibilisation du temps de travail et des salaires ;
  • libéralisation de la mobilité ;
  • limitation de toute possibilité de recours judiciaire.

En échange de concessions patronales marginales, la CFDT, la CGC et la CFTC ont accepté des reculs très importants.

D'ailleurs, l'une de ces régressions sociales est la flexibilisation du temps de travail et des salaires qui a été mise en oeuvre en Espagne. Renault a imposé l'augmentation du temps de travail assortie d'un gel des salaires et de la suppression de primes à ses travailleurs espagnols ! L'entreprise publique tente désormais d'imposer un tel accord en France et l'Etat actionnaire laisse manœuvrer la direction de l'entreprise !

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A mesure que les mois passent, le gouvernement s'aligne sur la ligne politique du MEDEF :

  • La symbolique augmentation du SMIC jetait un doute quant à la volonté de rupture du nouveau gouvernement.
  • Via Renault, on s'étonnait que la nouvelle majorité au pouvoir laisse la direction de l'entreprise pratiquer le dumping social entre ses diverses entreprises en Espagne, en Roumanie, en France pour réduire le coût du travail et flexibiliser le travail.
  • Aujourdhui, les déclarations du ministre du travail montre combien ce gouvernement s'est converti à l'idéologie néo-libérale :

« C'est d'abord un 'ouf' parce que là se trouvent la méthode et des outils pour l'emploi, lutter contre le chômage, inverser la courbe du chômage. »

Pourtant, dans un entretien à Médiapart, Raymond Torres de l'Institut international d'études sociales (OIT) ne partage pas l'enthousiasme de Sapin. Il estime d'ailleurs que la flexibilité du travail favorise le chômage :

« Dans un contexte de récession tel que nous le connaissons, une réforme du marché du travail ne peut pas marcher. Pire, en facilitant les licenciements, les réformes du marché du travail en Espagne, en Grèce ou au Portugal ont accéléré les pertes d’emplois sans pour autant stimuler les embauches. Ces réformes s’inspirent de théories selon lesquelles les employeurs seront moins réticents à embaucher, parce qu'il leur sera plus simple de licencier par la suite. Mais ces théories ne fonctionnent pas dans un contexte récessif. Elles ne permettent pas de créer des emplois et se traduisent par moins de sécurité pour ceux qui en ont un.»

En Espagne, ce fut un gouvernement socialiste qui a flexibilisé le marché du travail avec la loi du 17 septembre 2010. A l'époque, Zapatero affirmait à ses contradicteurs :

« Cette loi va permettre de flexibiliser le marché du travail pour le rendre plus compétitif, tout en protégeant davantage les travailleurs. Elle est censée réduire les inégalités entre travailleurs stables, bien protégés, et les autres, très nombreux, qui ont des contrats précaires. La nouvelle loi va permettre de généraliser un nouveau type de CDI, avec moins d'indemnités de licenciement. Elle devrait aussi limiter le recours aux contrats temporaires, tout en augmentant la flexibilité horaire dans les entreprises et en facilitant les licenciements économiques. »

Deux ans plus tard, la précarité s'est généralisée, le taux de chômage est passé de 20 à 26 % de la population active et à plus de 51 % chez les 15 - 24 ans en Espagne :

chomage15_24_ans.jpg (sources Eurostat)

Manifestement, l'application zélée des dogmes néolibéraux et des recommandations patronales pour flexibiliser le marché du travail ne réduit pas le chômage. De plus, l'aggravation de la précarité se traduit par moins de revenus par ménage, ce qui aggrave d'autant les risques de récession économique...

Malgré tout, muré dans ses certitudes néolibérales et son aveuglement, le gouvernement Ayrault s’apprête à transposer dans la loi l'accord du 11 janvier 2012 entre le MEDEF et des organisations syndicales minoritaires. Les mois qui viennent risquent d'être terribles pour les classes populaires et moyennes...