Dans ses sensibilités politiques et ses composantes sociologiques, le Parlement n'est pas le reflet du peuple. La politique est devenue un métier stable quasiment à vie qui offre des conditions de vie et de travail privilégiées alors que la précarité et la régression sociale sévissent.

Au regard de l'abstention massive et de la menace d'un parti d'extrême droite, la démocratie est malade. La Cinquième République est à bout de souffle malgré de nombreux replâtrages. Le peuple ne croit guère en la politique. L'une des raisons, qui est d'ailleurs récurrente à toutes les républiques, tient en la représentativité du peuple.

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L'exercice direct de la démocratie via la consultation directe du peuple pour tout ce qui a trait à toutes les lois apparaît quelque peu utopique, voire infaisable, tant l'organisation de débats et de procédures semble compliquée et lourde à mettre en œuvre. Depuis les débuts de la République, la démocratie est dite représentative : le peuple élit ses représentants, lesquels font les lois et mènent la politique de la nation.

Nul besoin d'être politologue pour constater le décalage entre les promesses de campagne des candidat-e-s à la représentation et les actes ou les votes desdits représentants quand ils sont au pouvoir ou font partie de la majorité gouvernementale. Sous la Vème République comme sous les précédentes, les élections reviennent à donner aux élus un chèque en blanc pour la durée de leur mandat parlementaire ou présidentiel.

Il ressort de ce décalage et de ce chèque en blanc une terrible et mortifère caricature de démocratie. Nous vivons dans une démocratie oligarchique qui interdit toute véritable alternative politique. La dernière alternance l'illustre hélas à merveille.

Certes, les citoyen-ne-s votent, certes la presse est libre, certes les travailleurs-euses ont le droit de grève et de manifestation, mais il n'en demeure pas moins que la majorité politique qui est sortie des urnes à toute latitude pour conduire à sa guise et selon son bon plaisir une politique très éloignée, voire inverse, du programme pour lequel elle a été élue.

Mais, d'un point de vue légal et constitutionnel, cette majorité politique, même si elle trahit ses électeurs -rices, possède la légitimité populaire tout le temps de son mandat.

Ces quelques rappels sont dignes des vérités de Monsieur de La Palice, mais il me semble important de les rappeler avant d'en venir à Guillemin. Dans sa conférence, ce dernier évoque longuement la création de la IIIème République.

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Pour quelles raisons un Parlement dominé par les royalistes (plus de 600 députés sur 750), après l'écrasement sanglant de la Commune de Paris, a-t-il opté pour la République ?

Certains l'expliquent par les divisions au sein du camp royaliste. Guillemin réfute cette thèse souvent avancée. Les raisons du choix de la République sont réalistes et cyniques. Il cite le sanguinaire Adolphe Thiers, bourgeois et royaliste, pour qui les structures économiques, c'est-à-dire l'ordre capitaliste, sont essentielles :

« J'ai été, comme vous, effrayé par l'idée de la révolution, de la République parce que la démocratie me paraissait très dangereuse. »

Mais l'ancien ministre de Louis-Philippe qui a vu des monarques tomber poursuit sa démonstration :

« Je me suis dit, après tout, le système monarchique n'est peut-être pas le système préférable pour obtenir la paix sociale, ce que l'on appelle l'ordre établi, pour la raison que je viens de vous dire, à savoir qu'il suffit que les gens se déclarent non sujets mais citoyens pour renverser le gouvernement. Tandis que réfléchissons ensemble à ce que peut être la République et le système démocratique. »



Mes amis réfléchissons et reprenons la lecture :

« Le système démocratique, c'est en principe la nation qui gouverne, la liberté de la nation, le suffrage universel, la volonté nationale comme on dit. Mais réfléchissons d'une manière concrète à ce qu'est la volonté nationale : c'est la majorité + 1. Il suffit qu'il y ait la majorité + 1 pour appeler ça la volonté nationale. Alors l'homme qui est au pouvoir, ou le groupe qui est au pouvoir et qui est mandaté par la souveraineté nationale, a entre les mains une puissance incomparablement supérieure à celle du roi, puisqu'il peut prétendre représenter la volonté nationale, c'est vous dire à quel point l'autorité est puissante maintenant puisque toute rébellion contre cette autorité, est en somme une rébellion contre la liberté des citoyens qui ont opté pour une telle forme démocratique. »

Et, la chambre royaliste opta pour une démocratie représentative pour préserver l'ordre capitaliste et la domination de la bourgeoisie. Jusqu'au Front populaire qui demeure une exception, malgré toutes les critiques légitimes contre la politique de Blum et sa fameuse pause, la IIIème République vit des majorité parlementaires de "gauche" soutenir régulièrement des gouvernements de droite, choisissant par exemple l'anti-cléricalisme pour faire diversion et préserver les structures économiques.

Alors que faire pour éviter un tel écueil qui permet à l'oligarchie de préserver ses intérêts ? Que faire pour renverser un président de la République qui devient un monarque républicain, sourd aux aspirations du peuple ? A mon sens, la Sixième République devrait donner aux citoyen-ne-s de nouveaux droits : le droit de révocation de ses représentants au Parlement, le droit de dissolution du Parlement, ainsi que le droit d'initiative au référendum. Si ces trois moyens existaient, le peuple posséderait un véritable droit de contrôle, de pression et d'action sur ses représentants, et nous ne verrions pas le président Hollande et sa majorité tourner le dos aux maigres promesses du candidat "Moi président"...

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