L'éditorial, d'un certain Jacques Paquier, intitulé L'heure des choix est un modèle de propagande :

« Enfin. Il n'y a plus, désormais, que les extrêmes pour, en pleine cohérence avec leur conviction, estimer que les déficits publics ne constituent pas un problème mais l'alibi des dominants pour exiger toujours plus de sacrifices des classes laborieuses. Aujourd'hui, après bien des circonvolutions, le vrai débat a lieu. Une fois admis que la nécessité de réduire la dépense publique ne revient pas à s'abaisser devant une Union européenne toute puissante, mais seulement à respecter ses propres engagements et éviter la banqueroute, arrive la seule question qui vaille. Où réduire la dépense ? »

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Dans ce 1er paragraphe, le journaliste entre guillemets se réjouit de la fin du débat sur la dette et sur l'austérité qui pourtant n'a jamais eu lieu, et qu'il s'empresse d'ailleurs de ne pas ouvrir en qualifiant d'extrêmes, les forces qui s'opposent à l'austérité et à l'UE ! Il poursuit en jouant sur plusieurs registres, notamment la peur (la menace de la banqueroute de l'Etat) et la morale (respecter ses propres engagements), avant de conclure son introduction sur la nécessité de réduire la dépense publique.

S'appuyant sur le dernier ouvrage d'un penseur maudit et méconnu, Matthieu Pigasse, l'éditocrate s'enhardit ! L'indispensable réforme tranchera dans le vif, tout en préservant - bien-sûr - la justice sociale et en préparant l'avenir. Je vous fais grâce du reste de l'article qui reprend l'antienne de l'omnipotence de l'Etat, des trop nombreuses et trop dépensières collectivités territoriales qui étouffent, sclérosent... Il se garde bien de contester la dette, parce que R. Correa, le président de L'équateur est un dangereux extrémiste, de la moindre allusion à l'évasion fiscale. Quant à la question démocratique, elle est balayée par l'urgence de la réalité financière ! Soyons sérieux !

« Et supprimer les politiques publiques, nombreuses (...) qui favorisent la rente, l'inertie et la sclérose d'une France s'ennuyant à mourir. A force de ne pas se réformer avec la vigueur nécessaire. »

En lisant ce torchon écrit dans la novlangue néolibérale, je me suis rappelé d'un récent échange sur twitter où un interlocuteur me conseillait de m'ouvrir aux "autres" médias et de ne plus lire seulement la Pravda. Dans son esprit libre et indépendant, moderne et objectif, derrière un militant ou un sympathisant du Front de gauche se cache un nostalgique du régime soviétique et de son organe officiel de presse. C'est bien connu !

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Or, les temps ont changé. La Pravda se décline aujourd'hui dans les médias dominants. Ces grands médias diffusent systématiquement les mêmes idées sur l'économie, le social et l'écologie. La plupart n'ont même plus de rubrique "social". Les émissions, même de divertissement, les journaux télévisés et les hebdomadaires, généralistes ou spécialisés comme la Gazette des communes, soutiennent, sous l'apparence de l'objectivité journalistique, les politiques conformes à l'idéologie dominante.

Ainsi récemment sur le plan Valls, les divergences entre ces médias se situaient seulement soit à la marge pour les médias proches du PS , soit sur le montant global des "économies" pour les autres proches de la droite. Mais sur le fond, le consensus régnait...

Par conséquent, les citoyen-ne-s ne peuvent échapper au matraquage médiatique de l'idéologie dominante, à la même vision de l'actualité, aux mêmes solutions, et en définitive, à TINA. Tout juste peuvent-ils faire la démarche de s'informer auprès de publications moins grand public comme L'Humanité, Fakir, Politis, La quinzaine littéraire, Le Monde Diplomatique, La Décroissance, Lutte ouvrière... ou aller sur des sites comme Basta, Médiapart, Arrêt sur images, Reporterre, Témoignage chrétien, etc, ou des blogs.

La faculté d'accéder à des médias indépendants et contestataires nous différencie de l'homo sovieticus qui n'avait que la Pravda, mais combien sommes-nous ?

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