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Cette nomination qui ne devait être qu'une simple formalité est vivement critiquée par 150 économistes dans une tribune commune intitulée « Banque de France : la nomination de François Villeroy de Galhau, un grave conflit d’intérêts ».

Ils ne critiquent pas la personne de l'heureux coopté, ni ne remettent en cause les compétences du récipiendaire, ni son honnêteté, et moins encore son désintéressement. Ils estiment que l'intéressé ne présente pas toutes les garanties pour défendre l'intérêt général :

« Etant donné les enjeux de pouvoir et d’argent qu’il véhicule, le secteur bancaire est particulièrement propice aux conflits d’intérêts. Il est totalement illusoire d’affirmer qu’on peut avoir servi l’industrie bancaire puis, quelques mois plus tard, en assurer le contrôle avec impartialité et en toute indépendance. »

Et, ils soulignent combien cette décision présidentielle est politiquement irresponsable :

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« A l’expertise indépendante ou à la promotion interne, François Hollande a préféré l’ancien banquier, énarque et inspecteur des finances. Nos gouvernants sont-ils à ce point prisonniers des intérêts financiers qu’ils laissent à la finance le pouvoir de nommer les siens aux fonctions-clés des instances censées la réguler ? Sont-ils à ce point dans l’entre-soi qu’ils ne réalisent pas l’effet délétère d’une telle décision sur notre démocratie ? Sont-ils à ce point déconnectés de leurs concitoyens qu’ils ne mesurent pas la défiance à l’égard des institutions qu’une telle décision vient nourrir ? »

Evidemment, la nomination d'un oligarque qui défend depuis 12 ans les intérêts du secteur privé bancaire peut apparaître pour le moins curieuse et consternante... parce qu'il serait étonnant que dans le cadre de ses nouvelles fonctions, cet individu formule publiquement des recommandations pour encadrer fortement les activités du secteur bancaire privé et limiter les activités spéculatives des banques et des assurances, interdire leur implantation dans les paradis fiscaux et préconiser d'éventuelles sanctions contre la BNP Paribas ou d'autres banques.

Pourtant, ce choix est logique tant le puissant lobby de l'inspection des finances a usé de son influence - coucou Michel Sapin - pour que ce poste prestigieux revienne à l'un de ses membres.

Il est d'autant plus logique que le conflit d'intérêts est symptomatique de l'époque dominée par l'idéologie néolibérale, en particulier chez les inspecteurs des finances qui planifient, pour la plupart, leur départ provisoire de la fonction publique [1] pour aller dans le secteur privé financier, ce qui multipliera au moins par 10 leurs revenus, selon les auteurs du livre noir des banques :

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« A la direction du Trésor, au ministère des Finances, comme à la tête des banques ou de la Fédération bancaire, on trouve énarques et inspecteurs des finances, souvent passés sans complexe d'un univers à l'autre, de l'intérêt général aux intérêts privés. Un système d'allers-retours et de pantouflage, renforcé par l'extrême concentration des banques françaises, qui explique la "capture idéologique" de ceux qui censés penser et mettre en œuvre la régulation du système bancaire»

Aussi, la future nomination de François Villeroy de Galhau à la tête de la Banque de France s'inscrit dans un cadre général de corruption morale (au minimum) des élites, qu'elles soient issues de la fonction publique ou de la politique. Et, elle illustre l'omnipotence de la finance qui place ses laquais à des postes stratégiques de l'Etat.

Note

[1] en ménageant les institutions financières du secteur privé dans le cadre de leurs missions de service public de contrôle?