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Au commencement, il y a Théo qui partage sa solitude jusqu'à ce que Pauline séparée de son copain et sans emploi à son retour en France, le retrouve. Les retrouvailles de ces deux amis d'enfance leurs rappellent l'époque où ils partageaient un appartement durant leurs études universitaires.

« Au début, trop de souvenirs et d'histoires à se raconter, avec la ferveur de voir et de ressentir qu'il y avait entre eux toujours la même facilité, le même abandon à se laisser être bien, comme ça, plein de la certitude que dans le regard en face il n'y a rien des doutes et des méfiances dont on se protège des autres. »

Ces retrouvailles qui lui donnent dans un premier temps de l'allant le minent peu-à-peu jusqu'au jour où elle lui annonce qu'elle a retrouvé un emploi, un appartement et que son copain va bientôt la rejoindre. Théo qui jouait la comédie du vieil ami voit son fol et vieil espoir s'envoler. Quelque chose se brise en lui.

« Il fallait qu'il dise à quelqu'un comment pour se protéger d'elle, des doutes qu'elle aurait pu avoir sur ce qu'il osait rêver d'eux, il avait fallu encore davantage se moquer de ce qu'ils partageaient un appartement ensemble, rire d'un baiser sur le front qu'on donne en rentrant, rire des mots, tu as passé une bonne journée, tout saccager pour ne pas rendre possible ce qu'il aurait voulu, parce qu'il savait que pour profiter seulement de la présence de Pauline, il fallait qu'elle ne doute pas de l'innocence entre eux ni la vieille amitié, ni du sentiment de fraternité. »

Théo se retire et son père apparaît... Mais, je ne dévoilerais pas la fin. Seuls est l'histoire d'un amour impossible, douloureux, étouffant et destructeur. La douleur de l'impuissance, du cloisonnement et de l'incompréhension sont mises en exergue par l'écriture de Laurent Mauvignier qui entrelace les voix intérieures et les consciences de Pauline, Théo et son père. Chacune décrit des faits, parfois les mêmes, les interprète, et révèle leurs états d'âme.

« Alors, c'était avant ce jour où il a franchi la porte, où il est venu parler et où à la fin il s'est effondré pour dire que la vérité c'était le réel sans lui, qu'il n'était que des yeux et son corps une éponge faite pour absorber les surplus qu'il voyait dans la vie, son corps, lourd de ce silence où les autres l'abandonnaient, croyait-il, ignorants qu'ils étaient de ce qu'ils lui laissaient à charge. »

Un grand roman.