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Comme dit l'adage, quand les mouettes volent bas, c'est toujours mauvais signe... D'ailleurs, le shérif d'une petite ville rurale a été assassiné. De son vivant, il faisait régner l'ordre. Son ordre. Même mort, il inspire toujours la crainte. Beaucoup pouvaient lui en vouloir : les homosexuels, les responsables ou les journalistes d'une feuille de chou locale, les féministes, les noirs...

« Si son père se réveillait, il serait aussi heureux de voir sa nouvelle jeune femme que son vieux fils homosexuel. Plus heureux, peut-être. S'il ne se réveillait pas, il ne verrait jamais la différence. Dave ne pouvait rien pour lui. Et il avait horreur de l'impuissance. Il partit à son travail. »

Le coupable idéal est identifié. La veuve s'apprête à toucher l'assurance vie. Son fils, lui aussi agent de police devrait normalement remplacer son défunt père. En définitive, une fois les obsèques et la période de deuil passés, tout devrait rapidement rentrer dans l'ordre...

« Il ne protégeait pas Jerry mais sa propre image, le mythe de Ben Orton, champion de la loi et de l'ordre, de la famille, du drapeau, comme sa femme me l'a dit ce matin, de tout ce qui fait la grandeur de l'Amérique. Ce qui n'englobait pas les films pour adultes, les officiers de police homosexuels et plus particulièrement un journal d'opposition diffusé sous le manteau. »

27308.jpg Sauf que Dave, l'inspecteur de la compagnie d'assurance mène sa propre enquête conformément à la procédure avant le versement de l'assurance vie. A la lumière de son enquête et des langues qui se délient, l'image officielle de la petite communauté tranquille et le portrait du flic parfait se fissurent et révèlent un tableau guère flatteur et peu en adéquation avec leurs réputations...

« Il a horreur de l'injustice, répondit Rodriguez. Ça le rend fou. Je lui ai dit de ne pas s'en mêler. Si nous sommes venus ici de L.A., c'est pour laisser derrière nous toutes ces conneries d'activistes. Dix ans, ça suffit. Ça n'a jamais servi à rien. Ça n'a fait que le vieillir. Et l'appauvrir. Il y a consacré tout son temps, tout l'argent qu'il avait. Le téléphone qui sonnait à deux heures du matin. Toujours une pédale dans le pétrin. Il y en aura toujours, tant que les hétéros ne changeront pas, et on ne peut pas les changer. Je l'ai dit à Cliff, il faut qu'ils haïssent quelqu'un. »

Par delà une intrigue tortueuse, piégée, lente comme l'écrivait l'ami Lou de Libellus, on retient surtout l'immersion dans une Amérique profonde et puritaine où l'ordre et les libertés sont toutes relatives. Les mouettes volent bas est un excellent roman noir, une histoire d'aujourd'hui.