A titre liminaire, je rappelle que la mort d'un militant est tragique. Nul ne mérite de mourir comme Quentin Deranque, y compris celui qui milite dans des organisations qui vouent un culte à la violence et à la mort.
Je le répète d'autant plus qu'étant clairement situé à gauche, je suis opposé à la peine de mort, d'une part, et, ne glorifie ni la violence physique, ni la mort à la différence des fascistes et nazis, d'autre part.
La mouvance néofasciste et néonazie essaie de séduire des jeunes en glorifiant l'effort physique, le masculinisme, le combat physique, la violence physique, l'esprit de groupe. Le tout au service d'une cause qualifiée d'identitaire et nationaliste. Ces deux derniers termes euphémisent le racisme, parfois même l'antisémitisme, et, la haine du mouvement ouvrier.
Leurs militants se qualifient de patriotes et défendent l'idée d'une France blanche, immuable, puissante, coloniale, chrétienne dont il faudrait éradiquer des corps étrangers : immigrés, gauchistes, progressistes, syndicalistes, musulmans, protestants, juifs et Vatican 2.
Les vidéos virilistes publiées par les groupes néofascistes et néonazies sont au service d'un objectif violent : faire régner la terreur, contrôler un territoire avec des ratonnades en agressant physiquement des personnes non blanches ou identifiées comme ennemies politiques, aller systématiquement troubler les réunions politiques ou syndicales, détruire des lieux identifiés à gauche, y compris des librairies, incendier la maison d'un élu, et, bien évidemment, casser du gaucho.
Cette pratique de l'action directe des groupes néofascistes ou néonazis séduit des naïfs. Surtout en temps de crise du capitalisme.
Ce militantisme néofasciste et néonazi se réduit essentiellement à la préparation et à l'exécution de violences physiques. C'est un exercice dangereux. Même en étant surentraîné, l'issue d'une rixe n'est jamais écrite à l'avance. Plus un groupe provoque et subit la violence, plus statistiquement, le risque d'un acte mortel est élevé.
En l'espèce, d'après les éléments rendus publics, un groupe néofasciste d'une quinzaine d'éléments a attaqué un autre groupe, a priori composé d'un nombre équivalent d'antifascistes. S'en est suivie une rixe générale .
Il convient d'ajouter un fait qui est passé sous les radars : Quentin Deranque s'est retrouvé seul.
Factuellement, Il a été lâchement abandonné par ses camarades.
Cet abandon est inexplicable. Au cours d'un affrontement, on n'abandonne pas un camarade. Un abandon qui est une forme de trahison. Surtout pour des combattants aguerris.
Espérons que l'enquête permettra de savoir s'ils l'ont intentionnellement sacrifié ou abandonné par pure lâcheté.
Dans un cas, l'abandon est volontaire et cynique pour fabriquer un martyr, dans l'autre, il est involontaire mais finalement consubstantiel à l'extrême droite.
A l'inverse du mouvement ouvrier, la solidarité n'est pas existentielle à l'extrême droite. Sans la solidarité de ses membres, le mouvement ouvrier n'aurait eu aucune conquête. Tandis qu'à l'extrême droite, on bénéficie des moyens d'une bourgeoisie qui finance les groupes, salarie les militants et achète des médias pour propager le racisme.
Ainsi, Marc de Caqueray-Valmenier, déjà condamné à une peine de prison, est salarié par Bolloré. Et, du côté des institutions politiques, quelle autre explication qu'une certaine complaisante inaction ou absence de plan d'action contre les groupes néofascistes et néonazis ? Ces 15 dernières années, 70 % des faits commis par les néofascistes et néonazis à Lyon sont restés impunis.
Par ailleurs, ces faits n'exonèrent pas les responsables directs de la mort de Quentin Deranque, a priori, des militants antifascistes ou d'ultra gauche qui n'ont pas su se contrôler au cours d'une rixe. A moins que l'enquête détermine qu'il s'agit de militants d'un groupe concurrent d'extrême droite.
Mais, ils ne doivent pas occulter la responsabilité des autres acteurs dans ce drame :
- Les institutions publiques complaisantes à l'égard de Némésis et de la mouvance néofasciste et néonazie ;
- Le collectif Némésis qui essaie systématiquement de provoquer des troubles dans les manifestations organisées par la gauche et LFI ;
- Les camarades de Quentin qui l'ont entraîné dans une rixe puis lâchement abandonné, et, les mêmes ou d'autres qui ont tardé à appeler les secours...
(sources de l'image : Contre Attaque)