Glucksmann, irresponsable, immoral et de droite

un léger décalage...

Billet

Au soir du 1er tour des municipales, les politologues de plateaux tv étaient stupéfaits par la percée électorale de La France Insoumise qui se matérialise par quelques victoires et la présence de nombreuses listes LFI qualifiées au 2d tour, parfois en excellente position comme à Roubaix, Toulouse ou Lille.

Au 2d tour, dans de nombreuses villes comme Paris et Marseille, se pose la question de l'union de toute la gauche et donc la fusion des listes pour rassembler et vaincre la droite et l'extrême droite. Il serait en effet irresponsable de prétendre recueillir les voix insoumises en écartant la présence de candidat-e-s insoumis-e-s sur les listes d'union de la gauche.

Or, le député européen de Place publique, Raphaël Glucksmann refuse toute fusion ou tout accord avec LFI qui selon lui « foule au pied les principes républicains ».

Évidemment, le leader du groupuscule PP qui n'a présenté aucune liste en solo s'est abstenu de préciser ce qu'il entend, laissant les éditocrates reprendre le refrain habituel sur l'antisémitisme. Une accusation sans fondement qui est régulièrement adressée à la gauche radicale quand elle menace les intérêts de la bourgeoisie, quel que soit le pays. Lula, Corbyn et même Sanders ont ainsi subi des campagnes calomnieuses.

L''instrumentalisation abjecte de l'antisémitisme est non seulement politicienne, visant à disqualifier la gauche radicale et la critique de la politique israélienne, mais également dangereux en banalisant le terme "antisémite" et en dévaluant la lutte contre l'antisémitisme comme le rappelle mieux que moi le collectif juif décolonial Tsedek ! :

Il en ressort que Glucksmann instille un "ni ni"; ni LFI, ni RN qui est irresponsable, mettant sur le même plan une organisation fondée par d'anciens waffen SS et une organisation de gauche radicale, antifasciste héritière des mouvements de la Résistance.

Cette posture principielle est irresponsable. Elle s'inscrit dans le vote ignoble du même Gluksmann au parlement européen d'une résolution mettant sur un même pied d’égalité le nazisme et le communisme, c'est-à-dire entre les responsables de la Shoah et ceux qui ont libéré les camps de concentration et d'extermination et abattu le nazisme.

A ce sujet, Glucksmann devrait relire l'écrivain Thomas Mann :
« Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d’être démocrates, en vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes ; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu’en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme. »

In fine, Glucksmann est non seulement immoral en affaiblissant la gauche face à l'extrême droite, mais irresponsable en faisant sienne la décision tragique de la direction du SPD qui refusa la main tendue par le KPD pour lutter contre le parti nazi. En l'espèce, le SPD soutint à l'élection présidentielle le maréchal Hindenburg qui installa ensuite Hitler au pouvoir.

Par ailleurs, Glucksmann se prétend de gauche, ce qui se discute :

D'une part, il a soutenu la candidature de Sarkozy à la présidentielle de 2007, ébloui par le projet néolibéral et conservateur de l'ancien chef de file de la droite. Ce soutien public ne déparait pas avec son engagement dans le parti Alternative libérale dont la mesure phare visait à supprimer la sécurité sociale... Pour la fine bouche, AL était proche du FDP allemand dont la ligne politique ne fut pas, à une époque, exempte de relents nazis avec la "stratégie 18"... En 2006, il déclarait :
« Moi, j'ai toujours été séduit par la philosophie libérale (...). On va dire que si on arrive, en France, dans notre discours, à libérer le marché du poids de l'Etat, c'est aussi et surtout pour libérer l'Etat et la politique des forces du marché »

D'autre part, plus grave encore, il fut le conseiller politique du dictateur corrompu géorgien, Saakachvili, qui imposa des politiques ultra libérales. Détruire les services publics, mettre au chômage des milliers de fonctionnaires, réprimer le peuple sont autant de marqueurs éloignés du progressisme dont cette conscience autoproclamée de gauche se targue. On pourrait également se demander si son soutien à l'impérialisme de l'oncle Sam et au colonialisme israéliens sont compatibles avec la gauche.

Enfin, place publique ne cesse de recruter des personnalités qui ont soutenu Macron avant la présidentielle de 2017 jusqu'à la dissolution, à l'instar du député Houillé, de l'ancien ministre Rousseau ou encore de l'ancienne directrice déléguée de la CPAM, ancienne de Mc Kinsey qui a coordonné le programme du candidat Macron en 2022 notamment sur les retraites. Voilà encore un profil acquis au néolibéralisme qui est officiellement en charge du programme présidentiel de son nouveau mentor !

Ces rappels ne plaident guère en faveur de Raphaël Glucksmann en tant que conscience de gauche. En l'espèce, le leader de PP, choyé par le microcosme médiatique, pratique la politique de la terre brûlée, en vue de la présidentielle de 2027, se moquant ainsi de la défaite des listes de gauche et surtout des conséquences concrètes pour la population.

Sa posture du "ni ni" s'inscrit dans une stratégie politicienne irresponsable et immorale que la direction du PS ne devrait pas suivre.

(avec la discrète incorporation de la couverture du livre d'André Glucksmann)