Depuis quelques semaines, j'ai remarqué que Raphaël Glucksmann employait l'expression « gauche démocratique ». Je n'y avais pas prêté attention auparavant. Je présume qu'il s'agit d'un nouvel élément de langage pour distinguer la gauche social-libérale ou social-démocrate de la gauche radicale, La France Insoumise.
Je vous ferai grâce du passé sulfureux de Glucksmann : dirigeant du groupuscule Alternative libérale, de conseiller d'un président géorgien qui a détruit les droits sociaux des travailleurs et des services publics en Géorgie, et, de soutien de Nicolas Sarlozy. Après tout, n'importe qui peut évoluer politiquement... Revenons au Raphaël candidat à la candidature de la « gauche démocratique ».
A ma connaissance, pas un seul journaliste n'a demandé à Glucks, ce que signifie vraiment l'expression la « gauche démocratique ».
Probablement parce que LFI a été qualifiée de non démocratique par ces concurrents puisque son mode de fonctionnement repose sur l'action militante directe, l'échange d'idées, la consultation et le consensus plutôt que sur la compétition électorale interne sur la base de textes bidons d'orientation politique.
Pas un seul journaliste n'a questionné également le mode de fonctionnement soi-disant démocratique du Parti Socialiste ou des Les Ecologistes, pensant que la démocratie s'incarne exclusivement dans le vote.
Dans ces partis, les élections internes portent sur des textes d'orientation qui servent de prétextes pour constituer des tendances ou des courants pour prendre le pouvoir dans l'organisation. Généralement, les différences d'orientation sont surjouées ou même mensongères. Durant la phase du congrès, l'activité du parti est concentrée sur le parti lui-même. Il s'agit de convaincre les adhérents, soit de se déclarer partisan de telle tendance, soit de voter pour le texte du courant. Pour convaincre, il y a les arguments politiques et la discussion mais surtout des moyens de pression peu ragoûtants soit en promettant une place d'apparatchik ou être placé sur une liste électorale, soit en faisant pression sur l'adhérent (sur son propre emploi ou sur celui d'un proche). Enfin, que deviendrait cette magnifique démocratique interne sans les adhérents fictifs (achats massifs de cartes du parti) ?
Bref, ce mode de fonctionnement renferme le parti sur lui-même et l'isole du reste de la société. Ce fonctionnement coupe le parti des associations, des syndicats et des chercheurs. Le parti ne peut être à l'écoute de la société, recueillir ses demandes, prendre en compte ses besoins et être en phase avec elle. Pour les partis traditionnels de gouvernement tels que le PS ou Les Ecologistes, le programme n'est qu'un accessoire, l'essentiel réside à choisir une tête de gondole qui gérera le système institutionnel et capitaliste sans le changer, ni transformer sa logique, tout en essayant de donner à sa gestion une légère coloration sociale.
In fine, il apparaît que la « gauche démocratique » n'est ni démocratique, ni de gauche.
Revenons à Glucksmann qui se prépare depuis près de deux ans, et ne propose aucun programme présidentiel. Le gars « a envie»... sauf que la personne usée par 40 années d'exploitation sociale n'a pas envie, elle a un besoin vital de changement politique et économique qui améliore ses conditions de vie ! Le discours de Glucksmann est rempli de vagues intentions, a priori progressistes sans la moindre mesure concrète : SMIC à 2 000 €, retraite à 60 ans, contrôle des prix, sortie de l'OTAN ? Que nenni. Glucksmann tente d'enfumer son monde, il se contentera de poursuivre la politique de Macron. D'ailleurs, il a recruté quelques éléments majeurs de la macronie comme la conseillère qui a mis au point la retraite à 64 ans ou l'ancien ministre de la santé de Borne.
Bref, la « gauche démocratique » est un avatar de l'extrême centre, cet espace politique qui va de Gabriel Attal à François Hollande en passant par Valls, Cazeneuve ou le député Houlié dont les classes populaires et moyennes n'ont rien à attendre de bon... surtout qu'il est très perméable aux idées identitaires de la droite LR et de l’extrême droite, et, qu'il partage leur vision néolibérale sur l'économie, le social, et, les services publics.
