L'homme sandwich des manifs soutient Glucksmann

un léger décalage...

Billet

On a retrouvé l'olibrius omniprésent dans les manifs parisiennes au 1er meeting de Glucksmann grâce au Média.

Il va de soi qu'il est venu avec sa célèbre pancarte blanche aux lettres multicolores sur trois lignes.

Sur une face, il était écrit le slogan suivant : Urgence d'éthique en politique avec Glucksmann.

Mais, comment « éthique » peut-elle rimer avec Glucksmann alors que ce dernier a été le conseiller spécial d'un président géorgien corrompu qui a détruit les services publics, licencié des milliers de fonctionnaires, encouragé la répression policière et les maltraitances en prison ?

Est-il éthique que Glucksmann se prétende de gauche alors qu'à 26 ans il militait à Alternative Libérale, à 28 ans appelait à voter Sarkozy et à 30 ans devenait conseiller spécial du président géorgien avant de grenouiller en Ukraine lors du coup d'Etat de Maïdan fomenté par les États-Unis... ? Un mercenaire de impérialisme ?

En l'espèce, il fait de la comm'. Exclusivement de la comm' sur diverses « causes » qui servent sa propre cause depuis une vingtaine d'années où il brandit sa pancarte dans les manifestations. Il a d'ailleurs acquis une petite notoriété, attirant micros et objectifs à tel point que divers articles de presse et même une page Wikipédia lui sont consacrés.

Le problème, c'est qu'à force de tenir en l'air sa pancarte, notre vedette prend le vent à l'instar d'une girouette et la cohérence de sa présence aux manifs semble ne tenir qu'à sa volonté de s'exhiber à tout prix en affichant sur sa pancarte n'importe quoi qui le distingue des autres manifestant-e-s.

Ainsi, un jour, il brandit sa pancarte en soutien du peuple grec massacré par l'austérité imposée par l'UE, le FMI, et la BCE, et plus tard appelle à voter pour le parti français le plus orthodoxe dans son soutien sans faille aux politiques ultra-libérales de l'UE.

Un autre jour, il défile en portant à bout de bras « Écoutez la colère du peuple » contre la réforme des retraites de Fillon, tout en soutenant quelques années plus tard un candidat à la présidentielle qui a recruté la conseillère de Macron pour la réforme des retraites ! La même technocrate doit concevoir le programme du candidat de Place Publique.

Le surlendemain, il marche vêtu de son gilet jaune, puis se retrouve plus tard à Aubervilliers avec d'anciens hiérarques macronistes qui ont soutenu sans faille les violences policières contre les gilets jaunes...

Le week-end dernier, il participe au premier meeting de Glucksmann qui rassemble d'anciens ministres de Hollande, Valls et Macron, alors que la veille sa pancarte portait les slogans suivants : « Hollande Valls traitres au peuple », « Retrait de la loi EL Khomri on vaut mieux que ça » ou « Le roi Macron fait son show nous on lutte ».

Grotesque.

Sur RFI, il résumait son action : Quand on lutte, c’est comme quand on aime, on ne compte pas. Dès que j’entends qu’il y a une manifestation pour des vraies causes, j’y vais. Pour l’Iran, l’Ukraine, en soutien aux Ouïghours, des marches pour le climat ou pour la justice sociale. Tout cela est lié. C’est la convergence des luttes.

Bref, son engagement est une sorte de gloubi-boulga imbitable. Mais, il s'avère que c'est bien pire que de l'incohérence.

En effet, sur l'autre face de sa pancarte, on lit : Urgence d'union des démocrates contre le RN & LFI

Il n'y plus ni gauche ni droite, juste l'urgence... des démocrates. Lesquels ? Il ne le précise pas. Peut-être Macron, Retailleau, Borne, Cazeneuve, Darmanin, Lecornu, Bayrou ? Mais, surtout pas Mélenchon ! Et là, il ne manque pas de répéter les éléments de langage mille fois entendus dans l'ensemble des médias dominants.

D'une part, la novlangue d'un petit soldat de l'impérialisme : Poutine, Syrie, Russie, Taïwan, Chine, dictature, en décontextualisant les propos de Mélenchon et en ignorant le droit international.

D'autre part, le sempiternel procès sur l'absence de démocratie chez les Insoumis, qualifiant de purges staliniennes les non investitures de quelques anciens députés lors des dernières législatives. Certes, il s'agit de décisions critiquables, mais comment alors nommer la suspension de toute une section socialiste à Soissons ou l'exclusion massive de militants écologistes qui critiquaient le positionnement de leur organisation aux élections municipales ?

Enfin, ce chantre de la démocratie ne voit pas la poutre dans son œil ! Plus précisément, ce qui s'est produit au dernier congrès de Place Publique comme le rappelle Blast :

Alors que les pratiques démocratiques sont au cœur des discours de Place publique et de son leader, des militants dénoncent l’absence de débats au sein des instances du parti. Le conseil éthique est mis en cause pour son opacité et des procès staliniens. Résultat : des déceptions, des démissions et des exclusions.

Il ressort de sa logorrhée un double objectif. Exclure la principale force de gauche et faire triompher : une vraie justice sociale, justice écologique, la paix aussi partout dans le monde (...). Une sorte de quadrature du cercle !



Au fond, son dernier slogan révèle son irresponsabilité et ses errements, voire une absence de culture politique et de réalisme, si on considère, toutes proportions gardées, que le RN est l'héritier du fascisme des années 30 - au regard de son idéologie raciste et de ses fondateurs -, et, LFI du communisme avec son programme de transformation sociale, écologique et institutionnelle.

L'analogie entre un parti d'extrême droite et une organisation de gauche radicale n'a aucun sens ou plutôt en a deux comme le rappelait l'écrivain Thomas Mann :

Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazisme fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire c’est du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d’être démocrates, en vérité et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu’en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme.

In fine, en plaçant sur le même plan RN et LFI, l'homme sandwich de Glucksmann joue avec le feu. Défendra-t'il cette position et s'abstiendra-t-il au 2d tour si son candidat échoue à l'issue du 1er tour ?