Raphaël Glucksmann lors de son premier meeting de non campagne présidentielle a réussi à déconfiner Marisol Touraine de la vie politique. Sa dernière apparition publique remontait à la cérémonie d'investiture de 2022 où elle était venue saluer et encourager Macron.
Inviter l'ancienne ministre de la santé de François Hollande n'est pas anodin, notamment parce qu'elle a été l'artisane de la réforme des retraites à 62 ans, mais pas seulement. Elle est la principale responsable de décisions qui ont considérablement impacté l'activité du pays et la vie de la population lors de la pandémie du Covid19.
Pour évoquer l'action de la ministre Touraine, je me fonde sur Les juges et l'assassin
des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme du quotidien Le Monde. Un bouquin passionnant ! Toutes les citations sont tirées de leur livre qui retrace l'enquête conduite par des magistrats de la chambre de l'instruction de la Cour de Justice de la République sur la gestion du Covid19.
Il s'avère que des décisions prises sous la responsabilité de Marisol Touraine ont contraint Macron à imposer le confinement à l'ensemble de la population lors du Covid19 parce que le stock des masques était insuffisant, non seulement pour protéger toute la population, mais également celles et ceux qui étaient placés en première ligne, en particulier les personnels soignants.

Avant son arrivée au ministère de la santé après la victoire de Hollande en 2012, une agence publique de l'Etat, l'établissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus) gérait exclusivement le stock des masques du pays pour que celui-ci puisse continuer de fonctionner à peu près normalement même en cas pandémie.
Le bilan de cette agence avait été salué par la Cour des comptes en 2010 après la crise du H1N1. L'un de ses dirigeants résumait l'action de l'Eprus en des termes très clairs :
« Nous étions un établissement public autonome, avec des financements quasi pérennes, un stock de masques, de vaccins, et des gens qui étaient dédiés à toute pandémie pouvant survenir. Nous étions un commando sanitaire. »
Les auteurs précisent que :
L’Eprus communiquait chaque trimestre à sa tutelle, la DGS – donc au sommet du ministère de la Santé –, l’état de ses stocks, afin de ne jamais être pris au dépourvu, au cas où une crise surviendrait.
L'agence remplissait sa mission, le sommet de l'Etat était informé de l'état des stocks et le pays prêt à affronter une pandémie...

In fine, le bilan de l'Eprus, et donc de l'action de l'Etat, devait être trop positif aux yeux de la sarkozie en fin de parcours et de la social-démocratie qui prenait son relais, sinon pourquoi assécher financièrement cet établissement, puis le dissoudre dans une nouvelle agence ?
Pour faire des économies :
Le même sénateur LR
nous a rapporté quelques propos définitifs entendus au cabinet de Marisol Touraine, du style : « Nous n’allons pas gérer des stocks de masques, c’est coûteux, parce qu’il faut les détruire tous les cinq ans. »
Mettant son action ministérielle en adéquation avec les propos de ses conseillers, Dame Touraine va accentuer les logiques austéritaires au sein de son ministère qui n'épargneront donc pas l'Eprus et feront baisser dangereusement le stock de masques, comme l'indique un rapport sénatorial de 2015 :
« (Les) subventions versées par l’État à l’Eprus ont sensiblement baissé (− 56 %) par rapport à 2011 » et que « la valeur totale des stocks stratégiques détenus par l’Eprus a baissé de moitié pour atteindre 472 millions d’euros fin 2014 ». Surtout, le sénateur LR fait part de sa « crainte légitime que l’Eprus ne soit noyé dans la future structure d’environ 500 personnes ».
La future structure, France Santé, évoquée par le sénateur LR sera créée quelques mois plus tard, en 2015, par cette chère Marisol : elle regroupe trois établissements publics dont l'Eprus avec comme conséquences le quasi abandon de la gestion du stock stratégique des masques puisque les missions et les moyens de l'Eprus sont éparpillés au sein de la nouvelle structure !
Et, pour anticiper cette création - suppression
, une nouvelle politique de gestion du stock des masques avait été entreprise quelques mois auparavant :
« la doctrine ministérielle de mai 2013 du SGDSN qui a installé la responsabilité de l’employeur pour la protection de ses employés et c’est à partir de cette doctrine-là concernant les stocks de masques FFP2 qu’on a changé de paradigme et qu’il a été pris la décision de ne pas renouveler les stocks de masques FFP2 et de les laisser arriver à péremption. Je crois que début 2016, nous n’avions plus de masques FFP2 en stock ».
Désormais, l'Etat - aka le ministère la santé - n'était plus le responsable de la gestion du stock stratégique des masques pour protéger l'ensemble de la population. Cette responsabilité était diluée puisque chaque employeur
public ou privé devait gérer lui-même son stock de masques pour protéger ses propres salariés ou fonctionnaires en cas de pandémie !
Évidemment, avec cette nouvelle doctrine et la fin de l'Eprus, la gestion du stock des masques était révolutionnée, éparpillée, diluée théoriquement en une multitude d'acteurs privés et publics...
Mais, la réalité fut bien pire : la gestion du stock des masques devint totalement inexistante sur l'ensemble du territoire dans la mesure où les nouveaux acteurs - en charge à leur propre échelle de la gestion du stock des masques - n'ont jamais été informés de leurs nouvelles obligations par le ministère de la santé !
Et, le plus ubuesque dans cette lamentable affaire est que Marisol Touraine n'était elle-même pas informée !
On le verra plus tard, ce texte supposé être la clé de voûte de la politique sanitaire de l’État français n’était pas connu de la ministre de la Santé elle-même…
Marisol Touraine, à l'instar des chantres du néolibéralisme, a donc contribué à détruire un service public qui accomplissait parfaitement ses missions et avait été efficace lors d'une précédente pandémie.
Il ressort du bouquin, via les bonnes feuilles du rapport sénatorial, que la ministre de la santé se préoccupait plus d'accentuer l'austérité budgétaire dans son ministère que de santé publique, à tel point qu'elle ne s'est jamais inquiétée de la gestion du stock stratégique des masques ! Elle ne connaissait même pas la nouvelle doctrine : quelle légèreté ! Criminelle ?
Sans doute faisait-elle confiance à ses conseillers ministériels, parmi lesquels un étudiant de Science Po, Gabriel Attal qui n'avait, à l'époque, aucune compétence en matière de santé publique, ni expérience professionnelle ! Combien y avait-il de conseillers incompétents et inexpérimentés qui grenouillaient sous sa direction pour faire des économies
tout en étant rémunérés comme des hauts fonctionnaires ?
Et, c'est donc cette Marisol Touraine qui a été invitée par Glucksmann avec sa remplaçante, Agnès Buzyn, elle-même pas plus informée de la politique de gestion du stock stratégique des masques !
Que dire d'un politique qui invite deux anciennes ministres de la santé dont les bilans respectifs sont aussi catastrophiques en termes d'impact sur l'activité du pays et les vies de l'ensemble des habitant-e-s ?
Tous ces éléments confirment que Glucksmann est un néolibéral qui compte poursuivre l’œuvre de destruction de MM. Sarkozy, Hollande et Macron, et en particulier de l'Etat en matière de politique sociale, d'éducation et de santé, D'ailleurs, il n' a pas consacré une seule minute à la santé publique ou à la sécurité sociale...
