21 octobre 2009 : application de la préférence nationale.

Hier soir, trois réfugiés Afghans ont donc été renvoyés à Kaboul tout simplement parce qu'ils n'avaient pas la bonne nationalité...

Ainsi, vivre dans un pays en paix est un privilège qui échappe aux plus élémentaires des droits de l'Homme. Lire les billets de Humeur de gauche et de Ruminances.

Gros malaise dans cette France sarkozyste de la préférence nationale que les historiens rangeront probablement juste à côté de la France de Vichy et de la révolution nationale, parce que renvoyer quelques immigrés dans leur pays en guerre est un acte criminel.

Une cap vient d'être franchi.

La France pratique la préférence nationale, si traditionnellement chère à l'extrême droite, et désormais à la droite classique et au centre.

Trois expulsions, soit une terrible injustice, une décision hautement symbolique d'allégeance à l'idéologie frontiste.

Le Front national n'est pas au pouvoir, mais ses idées le sont. Qu'on se le dise.

La préférence nationale permet à la droite de draguer l'électorat du front national en développant un climat xénophobe et en désignant un bouc émissaire pour tromper la population sur les véritables causes de la crise économique et sociale.

Expulser l'étranger, désigné coupable idéal, permet à la droite d'affirmer qu'elle agit contre les causes de la crise...

En l'espèce, la préférence nationale lui permet d'appliquer sans relâche ses réformes néo-libérales avec la bénédiction de l'Union européenne pour casser les services publics, réduire les droits sociaux et étendre les privilèges d'une minorité aisée.

La préférence nationale conduite par Eric Besson, un ancien socialiste, au fond, est-ce vraiment étonnant ? On se souvient de la petite phrase du sarkommissaire au grand emprunt, le misérable ancien premier ministre, ancien premier secrétaire du P"S" Michel Rocard... Ce dernier est toujours au parti dit socialiste... On se souvient que le P"S" défend toujours la politique de la commission européenne... dont celle concernant l'immigration...

Alors, plus que jamais, la gauche est indispensable pour opposer la préférence sociale à la préférence nationale.

La préférence sociale, c'est une gauche qui renonce à défendre contre l'évidence l'Union Européenne néo-libérale, le libre-échange et la mondialisation non régulée, la concurrence non faussée, le productivisme et le capitalisme.

C'est une gauche qui prend la défense des opprimés et des exploités et qui se doit d'imaginer un autre système, la République sociale.

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On projetait aujourd'hui d'écrire un billet sur notre dernière lecture, Missak, l'excellent roman de Didier Daeninckx .

Une belle fresque historique sur Missak Manouchian et son groupe qui rappelle ce que furent l'immigration arménienne, le génocide, et le destin de ce poète apatride mort à 38 ans pour ses idées.



Quand on termine ce bouquin, il est frappant de constater combien la France sarkozyste manipule la population en célébrant une Résistance amputée de ses idéaux de justice sociale et de fraternité, ainsi que d'une bonne partie de ses héros pas bien nés...

Elle se garde bien de célébrer le groupe Manouchian, composé principalement d'étrangers, d'apatrides, de sans papiers des FTP-MOI (main d'œuvre immigrée) qui sauvèrent l'honneur d'un pays sali et trahi par la collaboration de Français certifiés gaulois !

21 octobre 2009 : application de la préférence nationale.

21 février 1944 : exécution des membres du groupe Manouchian.

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"21 février 1944, Fresne

Ma chère Méline, ma petite orpheline bien aimée. Dans quelques heures je ne serai plus de ce monde. On va être fusillé cet après midi à 15 heures. Cela m’arrive comme un accident dans ma vie, j’y ne crois pas, mais pourtant, je sais que je ne te verrai plus jamais. Que puis-je t’écrire, tout est confus en moi et bien claire en même temps. Je m’étais engagé dans l’armée de la Liberation en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et de but. Bonheur ! à ceux qui vont nous survivre et goutter la douceur de la liberté et de la Paix de demain. J’en suis sûre que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoir dignement. Au moment de mourir je proclame que je n’ai aucune haine contre le peuple allemand et contre qui que ce soit. Chacun aura ce qu’il meritera comme chatiment et comme recompense. Le peuple Allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité après la guerre qui ne durera plus longtemps. Bonheur ! à tous ! — J’ai un regret profond de ne t’avoir pas rendu heureuse. jaurais bien voulu avoir un enfant de toi comme tu le voulais toujours. Je te prie donc de te marier après la guerre sans faute et avoir un enfant pour mon honneur et pour accomplir ma dernière volonté. Marie-toi avec quelqu’un qui puisse te rendre heureuse. Tous mes biens et toutes mes affaires je lègue à toi et à ta sœur et pour mes neveux. Après la guerre tu pourra faire valoir ton droit de pension de guerre en temps que ma femme, car je meurs en soldat regulier de l’Armée française de la Liberation. Avec l’aide des amis qui voudront bien m’honorer, tu feras éditer mes poèmes et mes ecris qui valent d’être lus. Tu apportera mes souvenirs si possibles, à mes parents en Arménie. Je mourrai avec mes 23 camarades toute à l’heure avec courage et serénité d’un homme qui a la conscience bien tranquille, car personnellement, je n’ai fais mal à personne et si je l’ai fais, je l’ai fais sans haine. Aujourd’hui il y a du soleil. C’est en regardant au soleil et à la belle nature que jai tant aimé que je dirai Adieu ! à la vie et à vous tous ma bien chère femme et mes bien chers amis. Je pardonne à tous ceux qui m’ont fait du mal où qui ont voulu me faire du mal sauf à celui qui nous à trahis pour racheter sa peau et ceux qui nous ont vendu. Je t’embrasse bien bien fort ainsi que ta sœur et tous les amis qui me connaisse de loin ou de près, je vous serre tous sur mon cœur. Adieu. Ton ami Ton camarade Ton mari Manouchian Michel (djanigt).

P.S. Jai quinze mille francs dans la valise de la Rue de Plaisance. Si tu peus les prendre rends mes dettes et donne le reste à Armène. M.M."