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Appelez ce vote comme vous voulez, utile ou non, mais c'est surtout un vote de raison. Comme nous l'expliquions dans notre précédent billet, la gauche de la gauche est atomisée en diverses boutiques. Elle a préféré se disperser au lieu de défendre de façon unitaire un programme "commun" anti-libéral. Par conséquent, choisir Laguiller, Bové, Besancenot, Buffet ou Schivardi, soit à la courte-paille soit parce qu'on trouve un(e) leader plus sympathique qu'un(e) autre, n'a aucun sens. Ce vote-là ne pèsera rien. Il risque d'ailleurs d'être suicidaire pour toute la gauche.

Dans le camp réactionnaire (appelons un chat un chat..) et libéral (économiquement), la division est moins importante numériquement, et de fait, l'éparpillement des voix sera moindre. Le Pen risque de reproduire son précédent score. Bayrou captera sans doute les 5 à 10 % de voix centristes, plus pas mal d'indécis qui pensent naïvement que la politique s'apparente à un match de foot où le président-entraîneur compose la meilleure équipe avec des politiciens de gauche, de droite et du centre : une aberration. Enfin, inutile de s'attarder sur Sarkozy que les sondages placent nettement au-dessus du lot.

Diagnostic : la gauche est bien faible et la droite majoritaire. C'est tellement évident que les derniers propos de Sarkozy sur les gènes ou le ministère de l'immigration et de l'identité nationale n'ont même pas soulevé la réprobation des foules et des médias dominants. En faisant diversion, la droite, UMP et UDF associées, ont évité qu'un véritable débat de fond s'instaure. La campagne fut dominée par les images des uns et des autres, les petites phrases...

Si les citoyen(ne)s de gauche égarent trop leurs voix au 1er tour, la France revivra sans doute un 21 avril 2002 bis avec un duel Sarkozy - Le Pen ou Sarkozy - Bayrou. Encore une fois, le débat frontal gauche - droite sur le bilan des années Chirac et Sarkozy, les grands enjeux de société, les retraites et la sécurité sociale, le rôle de l'Etat dans l'économie et le social, le rôle international de la France, l'Europe, la lutte contre le chômage et les insécurités, le phénomène de la pauvreté et du logement, les ghettos, l'éducation, les inégalités sociales et la redistribution des richesses, la culture, la recherche ou encore la place de l'écologie, risque encore, une seconde fois, d'être absent durant l'entre-deux tours.

Certains considèrent peut-être qu'avec la droite, le mouvement social obtiendra de grandes victoires sociales. C'est carrément se leurrer et oublier les cinq dernières années. Hormis le retrait du CPE, les réformes des retraites et d'EDF-GDF ainsi que les petits cadeaux divers et variés au MEDEF sont facilement passés. Les privatisations des secteurs de la santé, de l'éducation ou de La Poste sont dans les cartons. Espérer que le mouvement social les bloquera toutes relève d'un pari bien hasardeux.

L'enjeu est trop important. Face aux trois candidats de la droite, libéraux à la sauce Reagan ou Thatcher, voter Ségolène Royal s'impose dès le 22 avril prochain. Le 6 mai 2007, les citoyen(ne)s doivent avoir le choix entre une politique de droite synonyme de continuité et une politique de gauche qui propose un véritable changement. Si Ségolène Royal n'est pas présente au 2d tour, la droite aura un boulevard pour imposer ses "réformes" à une gauche à genoux.