Le plus célèbre précédent fut celui d’Enron, dont la direction imposa à ses salariés de garder leurs actions alors que les plus hauts cadres vendaient les leurs avant que la firme américaine ne fasse faillite… Ces délinquants en col blanc furent rapidement poursuivis puis condamnés...

En France, le contexte politique est différent... Notre hyper actif nouveau président de la République, ou plutôt sa ministre de la justice, a mis en place une commission relative à la dépénalisation des infractions relevant du droit des affaires. Comme se demandait notre président, aux dons quasi surnaturels (on frôle l'ubiquité), à l’université du Medef et au tribunal de commerce de Paris : «Comment comprendre que, dans les cas qui ne mettent en cause que des intérêts privés et pécuniaires, il puisse encore être fait recours au droit pénal ?»

C’est vrai : les dirigeants d’EADS ont protégé leurs intérêts personnels en faisant sans doute un délit d’initiés. Intérêts personnels, intérêts privés, ces gens-là travaillent d'abord pour eux-mêmes ! La logique présidentielle les absout.C'est une chance qu'ils existent... Quant au petit personnel, lui, au mieux devra se serrer la ceinture (primes ridicules) et les dents face à l’accélération des cadences de production d'une part, et au pire sera licencié, d'autre part.

Difficile tout de même, hormis peut-être quelques entreprises familiales, d’affirmer comme Sarkozy que ces délits-là ne mettent en cause que des intérêts privés et pécuniaires… Peut-on être aussi affirmatif quand l’incompétence, la malveillance ou la malhonnêteté d’un chef d’entreprise lui permettent sciemment de s'enrichir personnellement au détriment de la bonne marche de son entreprise et de l’ensemble de ses salariés ?

Bref, la France sera bientôt un paradis pour le chef d’entreprise qui pourra se servir dans la caisse, présenter de faux bilans… Décidément, Sarkozy exhausse les souhaits les plus fous du MEDEF. L’affaire des initiés d’EADS risque d’être la dernière affaire du genre puisqu’ensuite les délits financiers seront dépénalisés…

Avec cette énième commission, Sarkozy, Fillon et Dati nous préparent une petite loi de derrière les fagots pour leurs amis entrepreneurs... Une loi où l'impunité pour une classe sociale tendra plus vers l'infini que vers le zéro. Après le bouclier fiscal, après les franchises médicales, la distribution des cadeaux aux MEDEF et aux gros revenus se poursuit. C'est sans doute ça la rupture vantée par l'UMP...