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Les médias dominants [1] accumulent articles et reportages insipides en copiant-collant la 4ème de couverture de L'architecte et l'horloger, le dernier livre de l'intéressé :

« Homme politique le plus populaire et le plus atypique de la droite et du centre, Jean-Louis Borloo a acquis depuis 20 ans une réelle crédibilité auprès des Français. (...) Tant dans le domaine de la lutte contre le chômage que du logement, Jean-Louis Borloo a remporté des succès incontestables. Grâce à une méthode : faire travailler ensemble les différents intervenants jusque là isolés dans leurs actions. C'est la " méthode Borloo " que son auteur confronte dans ce livre, avec son sens du concret,(...) un regard original sur les grands enjeux planétaires : la mondialisation, les identités, l'environnement. (...) Ses idées bousculent les clivages traditionnels quand il prône une nouvelle solidarité entre les villes riches et pauvres ou encore l'introduction de la proportionnelle aux législatives. (...) porteur d'un vrai projet gouvernemental baptisé EFEL : Emploi, Formation, Equité, Logement. EFEL ou les quatre piliers d'une France solide et ambitieuse (...).» [2]

Après cette hagiographique lecture, Monsieur Borloo semble être l'homme de la situation, vous ne pensez pas ?

Sa biographie officielle, [3], relativement concise résume surtout son parcours politique : notre ami est ministre sans interruption depuis 2002, et accessoirement, président du Parti Radical, ancien maire de Valenciennes. Ailleurs, il est à peine mentionné qu'il fut avocat d'affaires de Bernard Tapie et l'un des fondateurs de Génération Écologie de Brice Lalonde. [4]

En fait, malgré son statut social et l'abondance des articles qui lui sont consacrés, nous disposons paradoxalement de peu d'informations. Probablement parce que l'ami Borloo contrôle minutieusement son image :

« Il contrôle son image de a à z, appelle en direct les journalistes quand un mot lui déplaît. (...) Au fond, il est tout le temps dans le marketing de son image bien qu'il cultive une allure décontractée, à la limite du je-m'en-foutisme. D'ailleurs, selon les époques, il a mis en avant ou gommé tel ou tel pan de son histoire.».

Un vrai caméléon...

« Il était gouailleur pour séduire Chirac, il souligne son parcours atypique (fils d'un émigré belge qui s'est fait tout seul) pour faire écho à celui de Nicolas Sarkozy.» [5]

Qui prend des libertés avec certaines vérités... :

«Pensez, un homme politique qui va jusqu’à mentir sur son lieu de naissance ! Jusqu’à renier ses origines et son milieu. Je me suis amusé, en effet, à comparer dans mon bouquin, les deux livres qu’il a, à trois ans d’intervalle, “écrits” (...). Le hic, c’est que d’un livre à l’autre, on n’a pas à faire au même bonhomme. Le premier a grandi à Paris, dans le XVIe arrondissement, dans un milieu bourgeois, il a fait une “brillante” scolarité au très chic lycée Janson-de-Sailly, de belles études et une non moins belle carrière d’avocat d’affaires. Le second est né à Boulogne-Billancourt, “un coin de banlieue, ouvrier et populaire”, n’était pas très bon élève, - il “détestait l’école” -, a séché “pratiquement” tous ses cours de fac”(…)» [6]

Avant d'entrer en politique, notre ami fut avocat d'affaires. Dans les années 80, certains fleurons de l'industrie nationale éprouvaient quelques difficultés. Beaucoup d'élus déroulaient le tapis rouge sur le chemin de ces jeunes entrepreneurs qui allaient sauver les entreprises et les emplois...

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Ces Zorro étaient, non pas des industriels, mais des hommes d'affaires. A l'époque, il n'était ni question de délocalisations, ni de la rapacité à 30 % des fonds de pensions, mais ces gens-là avaient anticipé les mœurs de ce qu'on appellerait bientôt le capitalisme financiarisé.

Zorro s'appelait Bernard Arnault, François Pinault ou Bernard Tapie. Il était épaulé par une fine équipe, appelons-là les Dalton la droite sociale, avec notamment un avocat, jeune et ambitieux, compétent et hardi, un certain Jean-Louis Borloo...

Notre Jean-Louis avait inventé un système efficace pour permettre à ses "clients" de reprendre des entreprises en difficultés :

«Parfaitement aux faits des techniques financières, Borloo met au point une méthode simple de reprise, consistant à s'assurer d'abord qu'il existe des actifs dans l'entreprise. (...) La vente des actifs sert enfin à rembourser en partie les crédits existants, le solde finissant dans la poche du repreneur. "La technique est la même pour tout le monde : de la pure mécanique financière", reconnaitra Jean-Louis borloo»

La dream team était particulièrement efficace et bien "introduite"... :

«Informé des dossiers avant les autres, il peut très vite les analyser, monter un dossier de reprise et se présenter devant le tribunal avec une solution toute ficelée en poche, alors que les autres candidats en sont encore à demander des informations. L'avocat, le banquier, le repreneur : la distribution des rôles est parfaite. (paragraphe suivant) Pour ne rien laisser au hasard, un dernier élément complète le dispositif : les administrateurs judiciaires (...).»

De l'argent facile... :

«Bernard Tapie n'est pas le seul à profiter du système. Ses "amis" aussi sont associés aux bénéfices. A chaque affaire ou presque, Jean-Louis Borloo prend une petite partie du capital de l'entreprise, au moment de la reprise. Naturellement, c'est à prix cassé. Et il ressort au moment de la vente avec les plus-values. En 1989, année où il se lance dans la. politique et remporte la mairie de Valenciennes, sa fortune personnelle comme avocat d'affaires est évaluée à plus de 40 millions de francs. Une fortune dont il fait étalage : en ville, il roule carrosse et dépense sans compter»

Lors du procès Tapie, notre Jean-Louis, dont la carrière politique prenait son envol, ne fut pas inquiété :

«On ne parla pas non plus du système des tribunaux de commerce. banquiers, système judiciaire, autres bénéficiaires de ses grandes fortunes si vite constituées : personne n'avait intérêt à dévoiler des mécanismes qui ont profité à tant de monde et qui pourraient resservir plus tard.» [7]

Pour conclure, et laisser l'internaute apprécier la fibre sociale de notre ami, nous rapportons une anecdote savoureuse retranscrite par Vincent Quivy [8]. En 2006, Jean-Louis Borloo était ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement dans le gouvernement Villepin, depuis plus d'un an. Il était particulièrement informé des questions touchant aux "problèmes" de logement, à la difficulté de se loger, de louer ou d'acheter, en l'occurrence à Paris... Conscient de la pénurie de logements, il avait même autorisé la location de chambres de bonnes d'une superficie de 9 m2 :

« Il lui avait simplement parlé de son “bel appartement” qu’il venait d’acheter dans le XXe (arrondissement de Paris). Le Ministre, toujours intéressé par tout ce qui touche l’immobilier, avait demandé la surface. “75 m2″ avait répondu le confrère. Et le Ministre d’exploser de rire. Un “bel appartement de 75m2″ ! Elle est bien bonne ! 75 m2, c’est un placard !» [9]

Notes

[1] Ruminances - Borloo a la banane !

[2] Jean-Louis Borloo - L'architecte et l'horloger

[3] ministère de l'écologie - Biographie officielle

[4] Wikipédia - biographie Borloo

[5] Sud Ouest - Borloo, l'homme qui contrôle tout

[6] Un très léger décalage… le blog de Vincent Quivy - Le ministre dément

[7] Histoire secrète du patronat de 1945 à nos jours, le vrai visage du capitalisme français- édition La Découverte

[8] L'impossible Monsieur Boorlo

[9] Un très léger décalage… le blog de Vincent Quivy - un certain décalage