Il n'empêche qu'en cherchant bien, il y a des choses intéressantes qui permettent de réfléchir...

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Ainsi, Emmanuel Todd et Frédéric Lordon, deux intellectuels classés à gauche, assez iconoclastes, qui ne peuvent être rangés au même niveau que les experts cathodiques, ce sont exprimés dans cette campagne.

L'un appelle au vote utile en faisant un pari pascalien avec cette formule qui ressemble à un oxymore, l'hollandisme révolutionnaire, tandis que l'autre est sans illusion quant au PS.

Le pari de Todd est le suivant :

« Hollande commencera dans la modération - son entourage est très modéré - mais il sera conduit à se radicaliser. S'il veut gouverner, ce sera un mars 1983 (quand Mitterrand prit le tournant de la rigueur, NDLR) à l'envers. Un peu comme Roosevelt, homme de gauche très modéré au départ, avec des conceptions très vagues en économie qui, sous l'effet de la crise de 1929, a fini par prendre des mesures radicales (hausse des impôts, contrôle des banques, relance budgétaire). Pour Hollande ce sera le New Deal ou la "papandréouisation". » [1]

Pourtant, tous les éléments et les événements des 10 dernières années font présumer le contraire de ce pari prophétique : la social-démocratie européenne, PS inclus, s'est totalement "papandreousée".

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En l'espèce, Hollande a... :

  • voté le 1er plan dit d'aide à la Grèce,
  • soutenu Zapatero et sa retraite à 67 ans,
  • salué le bilan de Schröder au congrès du SPD,
  • ordonné aux parlementaires du PS de s'abstenir de voter contre le nouveau traité européen austéritaire.

Enfin, son "programme" est d'une timidité si affligeante qu'il le complète parfois opportunément selon le lieu et les interlocuteurs.

Aussi, le pari de Todd se rapproche plus d'une prière - qui repose sur une croyance irrationnelle que - d'une position politique rationnelle , surtout après la lecture de la note critique de Lordon. [2]

Ce dernier confronte sa conception de la gauche au programme et aux valeurs défendus par le parti socialiste et son candidat.

Il constate qu'à l'instar de la droite, le PS se soumet au cadre économique et institutionnel actuel :

« le primat de la finance actionnariale, le libre-échange, l’orthodoxie de politique économique sous surveillance des marchés financiers, c’est-à-dire synthétiquement… la construction européenne de Maastricht-Lisbonne ! »

Or, pour Lordon :

« être de gauche, c’est être prêt à attaquer le cadre. »

Il enfonce le clou :

« Hollande nous laisse entrevoir en quelques mots ce qu’il est raisonnable d’espérer de son éventuelle présidence, à savoir rien – comprendre rien de significatif si l’on entend par là de s’en prendre vraiment, c’est-à-dire autrement qu’en mots, aux causes structurelles qui déterminent les plaies contre lesquelles on prétend vouloir lutter : chômage, inégalités, précarité, souffrance salariale, régression de l’Etat social, etc »

Et de conclure son papier sur la gauche de droite modérée :

« On se prend à rêver d’un candidat socialiste qui n’aurait pas oublié le sens du mot socialiste, et qui se ferait un honneur de défier les forces de l’argent, d’entrer en guerre ouverte contre elles, et de s’en faire détester. On se réveille, et l’on sait dans l’instant que l’époque contemporaine attendra encore un moment son Roosevelt. »

Nous pourrions ajouter qu'en 2012, le seul candidat socialiste qui n'a pas perdu sa gauche est soutenu par le Front de gauche...

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Notes

[1] Le NouvelObs : Emmanuel Todd : "Je parie sur l'hollandisme révolutionnaire !"

[2] Télérama - Présidentielle J-51 : la campagne vue par Frédéric Lordon