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Figurez-vous qu'elle était à deux doigts d'acquérir la présidence du marché intérieur, un poste-clé :

« Cela aurait permis d'aider la politique de réorientation européenne voulue par François Hollande. »

La priver d'un troisième mandat est une tragédie dont l'Europe et la France auront dû mal à se relever, d'autant que :

« La démocratie européenne est en danger. »

« La démocratie européenne » qu'elle défend consiste à ne jamais consulter directement les peuples et à limiter la souveraineté populaire dans les domaines budgétaire (la règle d'or, la tutelle de la commission européenne) ou économique (respect de la sacro-sainte concurrence dans quasiment tous les secteurs).

« La démocratie européenne », c'est également le règne du dumping social et de la régression sociale, des délocalisations et de la concurrence, du chômage de masse et de la précarité sociale. Alors franchement, si « La démocratie européenne » est en danger, qu'elle disparaisse le plus rapidement possible !

De surcroît, elle était soutenue par :

« le président du Parlement européen, la coordinatrice allemande aux marchés intérieurs, Jean-Marc Ayrault ou Pierre Moscovici (...) »

Hou, ça fout les jetons !

Mais, je me perds dans de basses considérations politiques...

La modestie de la future ex-eurodéputée n'a d'égale que le bilan remarquable de ses deux mandats.

Elle s'honore de « laisser une trace », ce qui est, somme toute, une attitude assez répandue chez les êtres vivants. Figurez-vous qu'elle est à l'origine du 112, le numéro d'urgence européen... Ah oui tout de même !

Sa modestie l'empêche de préciser qu'elle a voté, le doigt sur la couture de son tailleur, des directives de déréglementation et de privatisation des services publics, dont celui des télécommunications, ni le two et le six-packs, ni les plans dits d'aide à la Grèce... et d'autres mesures néolibérales, conformément à ses idées et à ses valeurs de gauche en carton...

Sa modestie l'oblige à rappeler que ses compétences sont européennement reconnues, au point d'être lauréate du prix de l'initiative politique en 2009, probablement l'équivalent européen du Prix Nobel !

Franchement, priver l'hémicycle européen de Bernadette Vergnaud constituera une perte incalculable pour la gauche... de droite et l'Europe néolibérale.

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Je l'ai connue à la section dite de Poitiers Centre dont le local se situait et se situe toujours rue du Mouton : ça ne s'invente pas ! Dans les années 1988-93, la guerre entre Fabius et Jospin faisait rage au PS, et comme par miracle la fédération de Vienne était devenue, faut-il le préciser, démocratiquement fabiusienne, du jour au lendemain à près de 75 %... Je faisais partie des brebis galeuses ou des moutons noirs contrairement à celle qui était appelée à un destin européen...

Pour la petite histoire, le 1er secrétaire fédéral était le sémillant Alain Claeys qui devint par la suite trésorier du PS. Le député-maire de Poiutiers s'est d'ailleurs illustré en rédigeant le lamentable rapport de la commission parlementaire de l'affaire Cahuzac. [1] Ces derniers jours, ce cumulard est au cœur d'une affaire locale qui fait désordre à quelques semaines des municipales... [2]

Mes camarades de la minorité et moi considérions Bernadette Vergnaud, illustre membre du bureau de la section, - probablement injustement et certainement mus par la jalousie et le sectarisme - comme une béni-oui-oui de première.

Cette stratégie, hautement téméraire, s'est révélée payante, le temps de deux mandats où le jeu des courants internes et des renvois d'ascenseurs au PS lui furent favorables... Mais, le vent a tourné, et Bernadette Vergnaud pleure sur son sort.

Elle en a certainement gros sur la patate de ne pouvoir postuler à un 3ème mandat, mais elle devrait relativiser et faire preuve de décence quand des millions de travailleurs sont au chômage, condamnés à la précarité sociale et à la misère à cause des directives européennes qu'elle a voté. Elle au moins profitera d'une bonne retraite pour cultiver ses roses...

Notes

[1] Médiapart - L’inspecteur du fisc Rémy Garnier demande la révision du rapport d’enquête Cahuzac

[2] Médiapart - Poitiers : le maire, le théâtre et le promoteur