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Ils avancent principalement deux arguments pour justifier l'abstention: l'UE n'est pas démocratique et aucune force de gauche ne veut sortir de l'euro. Je n'en disconviens pas mais je ne tire pas la même conclusion qu'eux.

L'UE n'est pas une démocratie :

Le Parlement européen serait une assemblée fantôche, sans véritables pouvoirs. Aussi, participer au scrutin européen reviendrait à cautionner ce cirque qui réduit la démocratie à des élections et du même coup à légitimer des institutions européennes qui méprisent le peuple en lui imposant l'austérité et la régression sociale.

Je remarque qu'on en dit autant de la Cinquième République, et pourtant, nous avons tous au moins voté au 1er tour de la présidentielle, des législatives ou des municipales. Faute de candidat radicalement hostile au néo ou social-libéralisme au 2d tour, je me suis abstenu au 2d tour de ces élections.

Même si le parlement européen a peu d'attributions, il élit tout de même le président de la commission européenne, ce qui n'est pas rien parce que ce dernier pèse, on le voit avec Barroso, et on l'a vu avec Delors.

Le parlement vote aussi des dispositions qui doivent être ensuite transposées dans le droit national. La dernière en date concerne les travailleurs détachés : seuls les députés du groupe de la gauche européenne (Front de gauche & co) ont voté contre, le PS avec la droite a voté pour, quant à Marine Le Pen, elle s'est abstenue en catimini après avoir dit le contraire dans les médias. Je dois l'information à J-L Mélenchon, comme quoi, un député FDG sert au moins à délivrer une autre information quand les médias dominants préfèrent assurer le service après-vente de l'austérité !

D'ailleurs, le parlement européen est très peu médiatisé - sauf pour dénigrer J-L Mélenchon - alors que son rôle est autant, voire plus important que les parlements nationaux. Cette sous-médiatisation n'est probablement un hasard...

Le FDG ne veut pas sortir de la zone euro :

Le Front de gauche veut un autre euro. En d'autres termes, une monnaie qui ne soit plus au service du Capital mais au service des peuples. A mon sens, il s'agit simplement d'un positionnement tactique pour éviter d' être accusé, dans un premier temps, de défendre une position similaire au FN, et dans un second temps, de créer les conditions d'une sortie par le haut de l'euro.

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En prônant la désobéissance, le FDG prépare les conditions d'un débat dans toute l'Europe sur l'euro, et ménage la possibilité que d'autres gouvernements suivent la démarche d'un gouvernement FDG. Enfin, s'il n'est pas possible de transformer l'euro, le FDG prendra ses responsabilités et ira jusqu'au bout de sa logique en faisant sortir la France de la zone euro. Qui dit sortir de la zone euro ne signifie pas forcément abandon d'une monnaie commune.

Par ailleurs, je rappelle que plus de 90 % des titres de la dette relèvent du droit français, ce qui signifie que la France pourrait annuler la majeure partie de sa dette, soit d'un trait de plume après audit d'une commission ad hoc, soit en dévaluant sa nouvelle monnaie comme le fit Poincaré en 1927.

Il me semble que la position du FDG n'est pas inconciliable avec la sortie de l'euro. D'ailleurs, J-L Mélenchon et le parti de gauche n'ont pas exclu cette hypothèse. Ils devraient être rejoints par d'autres au sein du FDG. Je relève que ces derniers mois, de nombreux économistes - longtemps partisans de l'euro - ont changé d'avis. La sortie de l'euro présenterait bien plus d'avantages que d'inconvénients d'après J Sapir ou B Maris.

Quand on constate les dégâts sociaux, culturels, économiques, industriels, écologiques et sanitaires provoqués par les politiques austéritaires dans les pays du sud de l'UE, et même en France, on se dit qu'il ne peut pas y avoir pire ennemi du peuple que cet euro contrôlé par quelques technocrates formés par Goldman Sachs et oligarques qui se shootent à l'ultra-libéralisme.

Bref, même si les parlementaires n'ont guère de pouvoirs et même si le FDG n'envisage pas une sortie unilatérale de la zone euro, je ne compte pas m'abstenir. Je n'ai pas envie de laisser élire une majorité de députés de droite (UMP-PS-Centre) et d'extrême droite, au détriment de la seule force de gauche qui veut construire une autre Europe.

Dans le prochain billet consacré à ces élections européennes, je m'étendrai plus sur l'impact politique de l'abstention...

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