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Faites-nous la bise est en roman noir, haut en couleurs, en pleine cambrousse américaine où la famille et les traditions familiales, le passé et les histoires ont quelque influence sur la population locale et les principaux personnages.

Doyle, le narrateur, est un auteur confidentiel qui vient de se séparer de sa femme, de son boulot à l'université et des cercles intellectuels qu'il fréquentait en Californie. Il retourne dans sa région natale des Ozark pour se retrouver, et surtout pour transmettre un message paternel à Smoke, son frère recherché par la police. Le shérif du coin est un cousin très éloigné qui n'abuse pas de ses fonctions... Le frangin vit à l'écart dans une caravane avec sa copine Big Annie, ex hippy, et sa fille, Niagra, une jeune adulte qui rêve d'une carrière à Hollywood.

« Les Ozark regorgent de plantations de cannabis. Un article du West Table Scroll avait affirmé que, dans la région, un revenu moyen de douze mille dollars par an représentait un montant pour une famille de quatre personnes. Avec de telles données économiques, qui constituaient en fait un vibrant encouragement, toutes sortes de jeunes et de montagnards s'étaient mis semer ces graines magiques qui rapportaient au minimum mille dollars le pied, une fois mûr. C'est un délit mais c'est aussi une tradition et un acte de simple bon sens. »

La message transmis, il s'installe chez eux. Entre les parties quotidiennes de golf où les bouses remplacent les trous, les soirées TV où ils jaugent les poitrines des stars, la bière qui coule à flot, les visites à Panda, le grand-père qui a ruiné sa famille pour échapper à la prison après le meurtre d'un quidam, et la tension "amoureuse" entre Doyle et Niagra, et malgré le voisinage des patibulaires Dolly, c'est la belle vie en pleine nature. Mais, tout ce petit monde n'en pratique pas moins, la nuit, l'agriculture alternative pour se refaire la cerise, notamment celles de Smoke pour négocier sa peine et de Doyle pour écrire sans se soucier du lendemain.

« Je me détournais finalement du mur des morts. Ce n'est pas toujours enthousiasmant de réfléchir à la combinaison de gènes qui vous a pondu. C'est-à-dire, dans un sens, c'est fantastique, mais dans six ou sept autres, ça peut vous rendre nerveux de déceler une tragique cohérence, de voir confirmées des précisions ancestrales et de sentir dans votre sang cet horrible besoin qui vous pousse à accomplir les actes douteux susceptibles d'arracher à ces visages morts une sévère approbation. »

Dans le dernier tiers du récit, les parents font irruption pour encourager Smoke à se rendre à la police. La visite quotidienne des flics trouble leur paisible retraite, et puis, faire de la taule est quasiment une tradition familiale... Mais, quand ces derniers sont mis dans la confidence du projet de leurs fils, l'émotion les étreint naturellement : bon sang ne saurait mentir !

« Les parents gardèrent leur calme tandis que les chiffres faisaient leur chemin. La somme totale, prometteuse, provoqua un sourire et un début de rougeur chez maman; quant à Général Jo, il écarta les bras et dit : allez, faites-nous la bise. »

L'ambiance décalée, les personnages marginaux et déjantés, le style et l'humour de l'auteur font de Faites-nous la bise un roman savoureux.

A lire.