« Le diagnostic criminel, souvent insupportable pour les élites, n’est abordé que rarement, et toujours du bout des lèvres. Si l’on réexaminait les crises depuis les années 1980 – faillite des caisses d’épargne (États-Unis), « récession yakuza » (Japon), « pyramides albanaises »… – c’est toute une histoire criminelle des crises financières qui serait à écrire. Les discours dominants sur ces crises sont façonnés soit par une sémantique naturaliste (catastrophe) et positiviste (cycles, dysfonctionnements) à connotation fataliste, voire par une thématique franchement négationniste »

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« De telles grilles d’analyse présentent pour les dominants le double avantage d’évacuer toute responsabilité individuelle et de faire l’impasse sur la dimension humaine de ces tragédies, dans leurs causes comme dans leurs conséquences. Telle est la différence entre une histoire vue du balcon et celle vécue à hauteur d’homme. Selon la vision classique (libérale), les crises financières sont analysées comme des moments de correction et non comme les symptômes d’une indigestion de prédation. Accidents conjoncturels, fruits d’une panique ou d’un dérèglement ponctuel, elles ne peuvent être le fait d’une orgie de dettes privées et de comportements déviants. (...) »

« Des multiples outils juridico-financiers issus de la dérégulation, nous n’évoquerons ici que le trading de haute fréquence (HFT), dont l’importance pour le fonctionnement des marchés est inversement proportionnelle à l’attention qu’il a pu susciter dans le débat public. Par essence, il ressemble fort à une légalisation du délit d’initié et à une systématisation de la concurrence déloyale et de l’hyper-spéculation. Or, ce constat est rendu invisible par son omniprésence même. »

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Jean-François Gayraud évoque ensuite l'impuissance de la justice étatique face au HFT qui génère des milliers de transactions par nanoseconde, le risque d'impunité totale des délinquants de la finance avec la justice dite arbitrale (TAFTA), les conflits d'intérêts avec des hauts fonctionnaires qui font des allers retours dans le secteur privé, le business model de pays tels que l'Angleterre ou le Luxembourg (coucou Juncker !) qui repose sur la finance, et bien entendu l'opacité des transactions financières et le poids des institutions financières...

Sa conclusion est sans appel :

« Faute de police effective (contrôle, surveillance, sanction), la dérive vers l’anomie, la prédation et la fraude pure est inéluctable »

Je crois hélas que nous y sommes...

Cet article -entièrement disponible sur Basta - permet de mettre en perspective la ligne inflexible des institutions européennes et du FMI, notamment par rapport au gouvernement Syriza. Et, de relativiser toutes les leçons de morale des mêmes autorités qui visent à culpabiliser les peuples et à justifier les politiques de régression sociale. Et, accessoirement de comprendre que la plupart des gouvernants politiques et des médias dominants qui colportent l'idéologie néolibérale sont complices du capitalisme criminel.

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