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Il faudrait préalablement que je vérifie la position de l'extrême droite avant de me déterminer sur tel ou tel sujet.

C'est absurde, et c'est pourtant le raisonnement de certaines personnes qui font du FN - parfois involontairement - le curseur du débat politique.

Ainsi, le débat politique est tronqué, certains sujets étant devenus tabous comme diraient les néo ou sociaux-libéraux : défense de remettre en cause certaines certitudes (l'UE, c'est la paix et le plein emploi) et vérités officielles (la concurrence c'est la prospérité et l'égalité des chances), d'évoquer certains concepts (protectionnisme, souveraineté, indépendance) sous peine d'être classé dans la même catégorie que l'extrême droite.

Étonnamment, ce sont les mêmes bonnes consciences médiatiques et politiques qui ne s'émeuvent pas que la droite classique, le centre et le parti dit socialiste s'alignent sur les positions anti-immigration du FN. Les militants et les sympathisants de ces formations politiques non plus.

D'ailleurs, en ce qui concerne l'immigration, ces gens-là se distinguent seulement de l'extrême droite en versant quelques larmes de crocodile quand leur politique raciste provoque des drames humains en masse comme ce fut le cas récemment en mer méditerranée.

La vigilance contre les idées de l'extrême droite est à géométrie variable chez ces gens-là.

Par conséquent, il ne faut pas craindre de les affronter en remettant en cause les bases même de leur discours sur la mondialisation capitaliste qui est, selon eux, source de progrès pour les peuples. En l'occurrence, la gauche radicale se contente seulement, le plus souvent, de dénoncer la mondialisation et le libre-échange sans mettre complètement les pieds dans le plat.

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Le libre-échange et la mondialisation imposés par l'UE et les instances internationales ne constituent pas un internationalisme, même dénaturé. Ils sont, ni plus ni moins, un impérialisme et un néo-colonialisme capitaliste qui ne provoquent qu'injustices, misère, famine, flux migratoires forcés et, in fine, la mort de milliers de migrants.

Cet impérialisme et ce néo-colonialisme capitaliste, dénommés couramment mondialisation et libre-échange, ne sont ni amendables, ni réformables. Ils ne conduiront jamais à l'internationalisme, synonyme de paix, de justice et de prospérité.

Au nom de l'internationalisme, la gauche radicale doit combattre ce capitalisme en revendiquant une politique protectionniste, sinon elle continuera, d'une part, à être assimilée aux forces qui prônent la mondialisation capitaliste, et d'autre part, à laisser le monopole du protectionnisme à l'extrême droite, c'est-à-dire à un protectionnisme dévoyé par le nationalisme et le racisme.

Or, le protectionnisme de gauche ne signifie pas nationalisme, isolationnisme et autarcie.

Le protectionnisme peut se fonder sur le rejet du pillage des pays les moins développés, de la domination économique et militaire, de la concurrence sauvage, du dumping social, de la spéculation financière, du moins disant social et écologique, du "court terme", de l'enrichissement d'une oligarchie nationale et internationale.

En d'autres termes, le protectionnisme de gauche doit se fonder sur le respect de tous les peuples, de leur environnement, de leur outil de travail, de leurs modes de production, et de leur culture. Et, ce faisant, ce protectionnisme devient l'expression, non pas d'un enfermement, mais du dialogue à égalité et de la coopération entre les peuples, de la mutualisation des intelligences et des moyens humains et matériels, de l'immigration librement choisie par les immigrés eux-mêmes, de l'acquisition de la citoyenneté après un an de résidence comme l'édictait l'article 4 de la Constitution du 24 juin 1793, et de la lutte contre le gaspillage des ressources naturelles.

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Aussi, le protectionnisme de gauche, ce n'est pas la citadelle nationaliste assiégée et guerrière de l'extrême droite, ni l'isolationnisme et l'autarcie, mais des peuples égaux qui refusent la guerre militaire ou la guerre économique et sociale, et qui choisissent la coopération et la solidarité.

Ce protectionnisme-là ne peut être que l'expression de la souveraineté populaire et de la démocratie, a contrario des superstructures technocratiques et oligarchiques qui dominent sans partage des continents pour imposer des politiques favorables aux intérêts de l'oligarchie, comme on le constate avec les États-Unis et l'Union européenne, et autrefois avec l'URSS ou le Comecon.

La démocratie ne peut exister qu'à échelle humaine, celle de la commune comme le prônait les premiers communistes ou d'un pays afin que le peuple prenne lui-même les décisions. Quand une instance supranationale décide à la place du peuple, ce dernier se retrouve progressivement dépossédé de tous ses droits politiques, économiques et sociaux, sauf celui de se sacrifier pour l'oligarchie...

Aussi, tant que la gauche radicale ne revendiquera pas SON protectionnisme et sa volonté de rompre avec l'UE, elle pourra toujours dire sans convaincre qu'elle s'oppose à la financiarisation de l'économie, aux délocalisations des usines et des services, au dumping social, au gaspillage humain et environnemental ou au déni de démocratie de la mondialisation capitaliste et du libre échange...