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Le dernier épisode des négociations est peut-être l'équivalent pour la zone euro de ce que furent les répressions des mouvements populaires en Hongrie, Tchécoslovaquie ou Pologne.

Les européens le savent aujourd'hui, il ne peut y avoir d'Union européenne à visage humain sous la férule de la finance et du néolibéralisme, comme il ne pouvait vivre un socialisme à visage humain sous la domination de l'Union soviétique. Aussi, la résistance, puis la capitulation de Tsipras marquent peut-être le début de la fin de l'UE, comme les événements précités ont fragilisé le pacte de Varsovie.

Seul contre tous, Tsipras a résisté tant qu'il a pu pour finalement plier à l'issue d'une négociation marathon de près de 24 heures. L'accord, si l'on peut nommer ainsi ce texte, aggrave la politique qui, depuis 2009, conduit le peuple grec dans l'impasse austéritaire.

Enfin, au-delà du contenu, la légalité de cet "accord" est fort fragile, à l'instar d'une grande partie de la dette grecque, au regard des dispositions de la Convention de Vienne sur le droit des traités :

« Art. 51: L'expression du consentement d'un Etat à être lié par un traité qui a été obtenue par la contrainte exercée sur son représentant au moyen d'actes ou de menaces dirigés contre lui est dépourvue de tout effet juridique. »
« Art. 52 : Est nul tout traité dont la conclusion a été obtenue par la menace ou l'emploi de la force en violation des principes de droit international incorporés dans la Charte des Nations Unies.»

Quelles furent les menaces et les chantages qui ont contraint Tsipras à signer un accord auquel il ne croit pas lui-même ? Nous le saurons un jour, mais ce que nous savons déjà, c'est que les instances de l'UE et de la BCE ont organisé une sorte de coup d'Etat avec les armes de la finance pour étrangler la société grecque.

A ce stade, les 6 mois du gouvernement SYRIZA sont riches d'enseignement.

La principale faute de SYRIZA est de ne pas avoir imaginé tous les scenarii possibles avant son accession au pouvoir. L'absence de plan ad hoc de sortie de la zone euro, tant le parti a cru, à l'instar des partis de la Gauche européenne et de Podemos, qu'il était possible de changer de l'intérieur l'UE et ses institutions, est une des causes de l'accord.

Cette tragédie a, espérons-le, permis à beaucoup d'ouvrir les yeux sur l'UE. Non seulement cette dernière classe la concurrence au premier rang de ses principes, et ce faisant la destruction des services publics et des droits sociaux, mais, on sait désormais qu'il est impossible pour un gouvernement de gauche de mener une politique de transformation sociale dans le cadre néolibéral de l'UE.

En l'espèce, les traités européens non approuvés par les peuples prévalent sur la démocratie comme l'a si bien affirmé Juncker, le président de la commission européenne :

« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Par conséquent, il est urgent que toutes les forces de gauche hostiles à la finance et au capitalisme changent de paradigme par rapport à l'UE. Non, l'UE n'est pas l'Europe, et l'Europe sociale ne verra le jour qu'en dehors du cadre austéritaire de l'UE.

Aussi, le Front de gauche et les autres doivent d'ores et déjà préparer un plan de rupture avec les institutions de l'UE.

Certes, il ne s'agit d'édifier le socialisme dans un seul pays, mais le statut quo interdit toute perspective de politique progressiste.

Une sortie de l'UE pourrait être suivie par d'autres peuples. Elle saperait les bases de cette UE qui défend les classes possédantes, et permettrait d'envisager la construction d'une Europe sociale et solidaire qui place la justice sociale et la coopération des peuples au premier rang de ses principes.

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