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J'ai quelque peu hésité à t'écrire. La lecture de la lettre ouverte d’un jeune de gauche et tes déclarations de dimanche dernier ont été décisives. Ne prends pas mal mon tutoiement, c'est à la fois le privilège du vieux schnock qui a vu plus d'un candidat socialiste en campagne promettre monts et merveilles et de l'ancien membre de base du parti socialiste que je fus jusqu'en 1995.

J'observe que depuis ta brillante victoire à la primaire de la belle alliance populaire, ta campagne ne décolle pas.

Il y a au moins trois raisons à ce phénomène d'enlisement :

Le parti socialiste que tu représentes et toi-même portent le sceau d'un quinquennat qui a échoué à réduire le chômage et la pauvreté, stopper la désindustrialisation du pays et à lancer la transition énergétique. Tu es le candidat du bilan calamiteux de Hollande. Malheureusement pour toi, bon nombre de citoyen-ne-s ne peuvent plus faire confiance à un candidat frappé de la double caractéristique d'appartenir au PS et d'être un ancien ministre de Hollande. Je reconnais que c'est injuste, mais les histoires internes au PS ou au gouvernement sont absconses pour le commun des mortels.

Par ailleurs, ton parti participe peu à ta campagne. Aucun enthousiasme, ni détermination de sa part pour peser. J'en veux pour preuve que Solférino n'exclut pas les élus socialistes et Cazeneuve les ministres qui soutiennent publiquement la candidature de Macron. Ce serait pourtant le minimum que de sanctionner ces traîtres qui n'ont pas respecté la charte de la primaire. Dans la tourmente, cette absence de solidarité te manque cruellement, et paradoxalement, l'homme de parti que tu as toujours été apparaît comme un candidat seul et abandonné par son propre camp.

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Enfin, ton programme est un galimatias de hollandisme et de mélenchonisme, assaisonné d'atlantisme béat et d'européisme critique. C'est une compilation indigeste de quelques thèmes porteurs de Mélenchon (la planification écologique) que ton équipe et toi ont pompé et de réformes du quinquennat (loi Macron, loi El Khomri, ANi, CICE, retraites) que tu veux au mieux à peine retoucher. Quant à ta promesse emblématique, j'observe que le revenu minimum ou revenu d'existence est en perpétuelle évolution. Un jour, il devait remplacer toutes les mesures d'aides sociales, et le lendemain non. Et puis, on ne sait pas non plus comment tu comptes financer ce revenu, si bien qu'on a l'impression du déjà vu, d'une promesse sans lendemain, à l'instar de la taxation à 75 % de Hollande en 2012.

De surcroît, le volet diplomatique de ton programme est extrêmement décevant. Il se situe dans la continuité de la politique diplomatique de Sarkozy et de Hollande. En l'occurrence, tu es aussi atlantiste qu'un young leaders et aveugle que les présidents susnommés qui ont entraîné la France dans les aventures impérialistes des Etats-Unis.[1] Quant à l'UE, tu en veux une autre, mais sans plan B, tu finiras comme Tsipras.

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Au final, même un miracle ne suffira pas à t'aider à figurer au deuxième tour. Ta campagne est définitivement plombée.

Aussi, à quatre semaines du premier tour, te voilà à la croisée des chemins.

Soit tu maintiens ta candidature et tu réaliseras probablement un score à la Gaston Deferre, certes suffisant pour rembourser tes frais de campagne, mais compromettant la suite de ta carrière politique. Tu pensais prendre enfin la tête du PS en réalisant un bon score à cette présidentielle, mais tu risques de tout perdre en t'accrochant à ce parti. L'étiquette PS te désavantage doublement : rejet populaire et coups de couteaux des éléphants. D'ailleurs, les trahisons des membres du gouvernement et des élus du PS qui t'handicapent aujourd'hui te paraîtront bien douces par rapport au traitement que tes camarades te réservent au soir du 1er tour.

Soit tu fais le choix de l'intérêt général en faisant preuve de lucidité et de courage. En l'occurrence, tu devrais t'affranchir de la tutelle du parti socialiste en retirant ta candidature. Tu boosterais la candidature de Jean-Luc Mélenchon et contribuerais à la victoire de la gauche. Il est encore temps pour toi d'avoir un rôle historique et décisif pour contribuer à la Sixième République et à la rupture avec 30 ans de néolibéralisme.

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Note

[1] Je précise que je ne suis ni pro, ni anti Russe ou Poutine, à l'instar de De Gaulle ou de Mitterrand par rapport à Staline ou à Brejnev. Si le temps te manque de lire Guerre et paix, étudie urgemment la politique diplomatique de la France entre 1945 à 2007.