loup.jpg

Après le silence conte la vie d'une famille ouvrière à la fin des années 60 et du début des années 70, en particulier celle d'un jeune père de famille, métallo, militant CGT et communiste et catholique. Le narrateur est un ouvrier qui raconte son quotidien de manière rétrospective, et ce qui peut étonner, malgré la dureté de sa vie, c'est l'espoir qui l'anime, quasiment à portée de mains, au changement, en un monde meilleur, ou d'une maison qu'il bâtira quand sa femme et lui auront suffisamment économisé. Sa femme qu'il aime, et admire quand il la voit lire, ses enfants qu'il veut voir réussir à l'école, et sa volonté de progresser lui-même en prenant des cours du soir pour lire et écrire sans difficulté, et le bon temps en famille pendant les vacances à la montagne.

« L'usine avale tout. Une fois entré, on n'en sort plus. les gestes et les blessures sont les mêmes, la chaleur est la même. Ce que je fais à seize ans, je le fais encore à trente ans, à quarante ans. Inutile de détailler tout ce qui se répète inlassablement. (...) Alors quel que soit l'âge, tu n'as plus le choix, ta journée se passe sans surprise, sans décider de rien, comme si tu n'existais pas finalement. Je ne distingue pas d'étapes dans ma vie d'ouvrier, pour moi c'est un tout et je ne mesure pas le temps passé sur les moules d'acier, surpris de me dire que j'ai plus de vingt-cinq as de boite, c'est beaucoup vingt-cinq ans de boite, toute une vie de jeune homme. »

Ce qu'on retient aussi, c'est son communisme qu'il marie avec ses croyances religieuses, les combats dans l'usine pour améliorer les conditions de travail, lutter contre le racisme et la toute-puissance du patron, mai 68 et l'apprentissage de la parole, l'écriture des tracts et des articles et la découverte des mots et de leur puissance, puis le difficile retour à l'usine. C'est ensuite 1974 et la victoire de Giscard à une époque où le mot "gauche" avait encore tout son sens pour la majorité des gens.

« Je crois au parti communiste et je crois en Dieu. Je crois que la vie peut changer grâce aux hommes, je ne parle pas de hausser le ton, je ne parle pas de poings dans la gueule, je te parle de regarder plus haut et de tenir à l'Idée. C'est l'Idée que je veux poursuivre avec un lieu d'union qui n'existe peut-être pas. Attendre, espérer jusque dans la fatigue, à l'usine, loin de l'usine (...) »

Enfin, il y a surtout son accident du travail raconté à la première personne du singulier, le moule qui retombe sur lui et un camarade, sa propre mort, les répercussions sur ses enfants, sa femme, sa proche famille, ses camarades d'usine. Son absence si injuste pour les siens, ce silence, son silence que raconte ensuite un de ses fils. Ce mort qui manque terriblement mais qui demeure si présent en chacun d'eux, que tous évoquent des décennies après à la moindre occasion pour dire comment il aurait agi ou réagi, qui obsède et que le narrateur veut quasiment oublier pour vivre !

Après le silence est un récit éminemment politique et essentiel en ces temps de néolibéralisme macronien.

« Ça veut dire courageux, téméraires ? La tentative d'explication de la juge, laborieuse, hésitante, ne va pas à son terme. en un éclair ma mère comprend que les deux adjectifs se combattent, l'un d'eux soutient et l'autre nie la responsabilité des patrons. Non, ils n'étaient pas téméraires comme vous dites, ils étaient contraints à un rendement infernal qui les soumettait à des risques qu'ils ne cessaient de dénoncer »

apreslesilence.jpg