La mission d'audit de modernisation consacrée aux aides publiques versées aux entreprises venait de publier une étude qui aurait dû faire l'objet d'analyses, de débats et de reportages en cette année électorale. Cette information est relativement étonnante. En effet, il ressort que les aides accordées par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que divers organismes publics représentent plus de 6000 dispositifs qui s'élèvent à plus de 4 % du PIB (produit intérieur brut) soit 65 milliards d'euros.

Le patronat perçoit 65 milliards d'euros. Et, il affirme avoir besoin d'air !

Le MEDEF demande inlassablement des baisses d'impôts et de charges sociales. Les prélèvements obligatoires bloqueraient l'initiative individuelle et empêcheraient la compétitivité des entreprises. Il y a quelques années, cette organisation se plaignait même que les revenus de ses membres comptaient parmi les plus faibles. La vague des parachutes en or, ces primes démesurées accordées aux patrons licenciés pour incompétence, et la distribution de stocks options aux plus hauts cadres ont mis en sourdine cette petite musique indécente.

Réuni la semaine dernière à Bercy, le Medef a repris sa litanie contre les prélèvements obligatoires, cette fois-ci, pour réhabiliter le travail. Trop d'impôts et de charges sociales empêcheraient de mieux rémunérer les salariés, d'encourager le travail et de permettre aux entreprises d'embaucher pour mettre fin à un phénomène social parasitaire : l'assistanat. Ce discours ressemble étrangement à celui de l'UMP.

Encourager le travail revient à dénoncer ceux qui n'ont pas de travail et qui vivent (survivent) grâce aux aides que l'Etat ou les collectivités territoriales leurs attribuent. C'est transformer les victimes de l'économie de néo-libérale en coupables, voire en parasites qui vivent du travail des autres, bloquent tout progrès et toute croissance économique et sociale. Dénoncés et traités ainsi, les chômeurs sont d'ailleurs fliqués : malheur à ceux qui n'acceptent pas systématiquement les stages bidons et qui ne remplissent pas à temps leurs déclarations à l'UNEDIC.

Or, les vrais assistés ne sont pas ceux que le Medef, la droite et de nombreux médias désignent. Le patronat a reçu 65 milliards d'euros. A titre de comparaison, l'aide aux chômeurs et aux rmistes s'élèvent seulement à 5 petits milliards d'euros. Le budget au logement ne représente même pas 7 milliards d'euros...

65 milliards, c'est quasiment autant que les dépenses hospitalières, supérieur au budget de l'éducation nationale, deux fois plus que celui de la défense, près de six fois celui de l'intérieur. Ces 65 milliards représentent près de 8% des prélèvements obligatoires ou encore 949 euros par habitant... Cet audit remet certaines choses en place. En présence d'une telle information, les médias ne sont guère diserts et préfèrent servir de porte-voix à cet assisté du Médef qui ne manque décidément ni d'air ni d'aides...