On y croise des ministres qui n'ont pas forcément les compétences requises ou/et d'autres qui manquent de temps pour appréhender leur domaine d'action, travaillant à mi-temps dans leur ministère pour exercer en province un ou deux mandats locaux. D'ailleurs, porter plusieurs casquettes permet aux intéressés de vivre plus que confortablement...

L'auteur constate que la politique est devenue un métier qui ouvre la voie à bien des dérives.

Cette professionnalisation va de pair avec le cumul des mandats qui d'une part évite à ces élus un retour précipité dans la société civile, et d'autre part, assure des revenus 5 à 6 fois plus élevés que la moyenne des salariés. Le cumul garantit quasiment l'emploi ou plutôt de bons revenus à vie.

De fait, elle conduit également à les couper de la réalité et des préoccupations de la population. Difficile donc de garder le sens commun. L'auteur cite l'exemple du Sénat qui a ressenti le besoin d'organiser pour ses membres des stages d'immersion en entreprise, tant ils vivent depuis des lustres en vase clos... On ne s'étendra pas ici non plus sur l'histoire de cet illustre député, collectionneur à ses heures perdues, qui acheta une montre assez coûteuse (près de 200 000 francs)...

Si la professionnalisation du monde politique isole de la société et enrichit bon nombre d'élus, elle porte en elle les germes de la corruption et du clientélisme, en ce sens qu'elle favorise l'installation et la pérennité de baronnies locales, avec la complicité active ou passive du pouvoir central...

En ces temps difficiles où la population est soumise à rude épreuve (euro fort, hausse des prix, franchises médicales, baisse des pensions de retraites) peut-être faudrait-il limiter le nombre et la durée des mandats ? Interdire de cumuler poste ministériel et divers mandats d'élu local ? Réduire drastiquement le train de vie au sommet de l'Etat ? Et adopter des moeurs conformes à l'intérêt général, à l'instar des démocraties du nord de l'Europe ?

Ce livre n'est pas un pamphlet. Preuves à l'appui, sans forcer le trait, Vincent Quivy porte un constat : la République est malade. Malade des habitudes d'un autre temps, des passe-droit, du clientélisme, de la corruption, du copinage, des cumulards, de la complaisance des "grands" médias nationaux et provinciaux... Une république aux us et coutumes monarchiques...

A lire.