Philippe Askenazy (CNRS, Ecole d’économie de Paris), Thomas Coutrot (Conseil scientifique d’Attac), André Orléan (CNRS, EHESS, président de l’AFEP) et Henri Sterdyniak (OFCE) ont publié le Manifeste d’économistes atterrés.[1]

Ce Manifeste propose une critique argumentée de l'idéologie dominante tout en proposant des mesures concrètes pour sortir de l'impasse. En dépit de ses illusions quant à la croissance économique pour sortir de la crise et des omissions quant à l'urgence écologique, cette initiative a le mérite d'ouvrir le débat en remettant en cause les dogmes de l'idéologie néo-libérale.

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En 10 chapitres, le texte démonte les postulats de l'idéologie dominante, dont 3 sont consacrés à l'Union européenne. En voici quelques extraits :

L'UNION EUROPÉENNE DÉFEND LE MODÈLE SOCIAL EUROPÉEN

«Pour les sociaux-démocrates l’Europe aurait dû se donner l’objectif de promouvoir le modèle social européen, fruit du compromis social de l'après seconde guerre mondiale, avec sa protection sociale, ses services publics et ses politiques industrielles. Elle aurait dû constituer un rempart face à la mondialisation libérale, un moyen de protéger, de faire vivre et progresser ce modèle. (...)»

«Cependant l'Europe n’a pas voulu assumer sa spécificité. (...) la construction européenne est l’occasion de mettre en cause le modèle social européen et de déréguler l’économie. La prééminence du droit de la concurrence sur les réglementations nationales et sur les droits sociaux dans le Marché unique permet d’introduire plus de concurrence sur les marchés des produits et des services, de diminuer l’importance des services publics et d’organiser la mise en concurrence des travailleurs européens. (...) La construction européenne apparaît comme un moyen d’imposer aux peuples des réformes néolibérales

«L’organisation de la politique macroéconomique (indépendance de la Banque Centrale Européenne vis-à-vis du politique, Pacte de stabilité) est marquée par la méfiance envers les gouvernements démocratiquement élus. Il s’agit de priver les pays de toute autonomie en matière de politique monétaire comme en matière budgétaire (...) L'Europe sociale est restée un vain mot, seule l'Europe de la concurrence et de la finance s'est réellement affirmée.»

L'EURO EST UN BOUCLIER CONTRE LA CRISE

«L'euro aurait dû être un facteur de protection contre la crise financière mondiale. Après tout, la suppression de toute incertitude sur les taux de change entre monnaies européennes a éliminé un facteur majeur d'instabilité. Pourtant, il n'en a rien été : l'Europe est plus durement et plus durablement affectée par la crise que le reste du monde. Cela tient aux modalités-mêmes de construction de l'union monétaire. »

«La rigidité monétaire et budgétaire, renforcée par l'euro, a permis de faire porter tout le poids des ajustements sur le travail. On a promu la flexibilité et l’austérité salariale, réduit la part des salaires dans le revenu total, accru les inégalités.»

LA CRISE GRECQUE A ENFIN PERMIS D'AVANCER VERS UN GOUVERNEMENT ÉCONOMIQUE ET UNE VRAIE SOLIDARITÉ EUROPÉENNE

«A partir de la mi-2009, les marchés financiers ont commencé à spéculer sur les dettes des pays européens. (...) Alors que les gouvernements des autres pays développés peuvent toujours être financés par leur Banque centrale, les pays de la zone euro ont renoncé à cette possibilité, et dépendent totalement des marchés pour financer leurs déficits. Du coup, la spéculation a pu se déclencher sur les pays les plus fragiles de la zone : Grèce, Espagne, Irlande »

«Sous pression du FMI et de la Commission européenne la Grèce doit privatiser ses services publics et l'Espagne flexibiliser son marché du travail. Même la France et l'Allemagne, qui ne sont pas attaqués par la spéculation, ont annoncé des mesures restrictives.»

«La crise grecque permet de faire oublier les origines de la crise financière. (...) La Commission veut imposer aux pays une longue cure d’austérité pour revenir à une dette publique inférieure à 60% du PIB.»

«La crise offre aux élites financières et aux technocraties européennes la tentation de mettre en œuvre la « stratégie du choc , en profitant de la crise pour radicaliser l'agenda néolibéral. Mais cette politique a peu de chances de succès. »

La conclusion du Manifeste est sans ambiguïté : l'Union européenne doit être refondée...