La voiture est produite massivement, populaire et élitiste, mais quel que soit le modèle, elle est synonyme de liberté, d'évasion, de voyages...mais aussi de technologie de pointe et de symbole social... Elle symbolise aussi la domination du capitalisme productiviste mondialisé.

S'interroger sur le modèle du "tout bagnole" et envisager d'autres modes de déplacements - c'est-à-dire renoncer à la surconsommation et au productivisme, au gaspillage des ressources naturelles, à la pollution atmosphérique, et à l''exploitation des travailleurs, tout en développant des transports collectifs publics efficaces et gratuits.- reviendraient à remettre en cause le système capitaliste lui-même en réduisant considérablement sa sphère d'influence.

Aussi, le système présente la voiture électrique comme La solution miracle, pour faire face à la pollution de l'environnement, notamment atmosphérique, et au pic de pétrole [1] qui se profile à l'horizon :

«Face aux problématiques soulevées par le réchauffement climatique et de la flambée des prix du pétrole, la conscience collective évolue à vitesse grand V concernant la mobilité durable [2]

Un objet tendance... :

«Electrique... Les trois dernières années du monde de l'automobile ont été marquées par l'empreinte verte. Il y eut d'abord les biocarburants, puis les voitures hybrides. La tendance d'aujourd'hui, c'est l'électrique.» [3]

Et si propre... :

«Ce sont des véhicules peu nuisants sur leur lieu d'utilisation: le moteur est silencieux et il ne produit pas de polluant ni de gaz à effet de serre» [4].

Et d'ailleurs, c'est l'Etat qui le dit :

«un bilan favorable tout au long de la chaîne énergétique et environnementale, notamment du fait de l'origine nucléaire de l'électricité française. Outre la suppression des nuisances sonores, le moteur électrique ne rejette aucun polluant local et le rendement énergétique de la batterie à la roue avoisine les 80 %.» [5]

Et, les associations de l'écologie de marché répètent le message :

«Comme le soulignent tous les rapports sur le sujet (voir références en bas de la présente page : Commission européenne, Institute for Environment and Sustainability, WWF, constructeurs automobiles, etc.), l'efficacité énergétique TtW de la voiture électrique est plus de 4 fois supérieure à celle de la voiture à pétrole. Une voiture électrique permet donc de faire des économies d'énergies vraiment importantes, ceci pour un service identique.» [6]

La voiture électrique est aussi présentée comme une innovation majeure, sans doute pour flatter l'orgueil du consommateur, et plus insidieusement, pour renforcer l'illusion que la science, la technologie et le progrès résoudront tous les problèmes liés à la pollution et à la raréfaction des ressources naturelles... [7]

Après avoir vaguement évoquées l'avenir radieux, la propagande s'attarde longuement sur les aspects techniques et mécaniques, par exemple :

«véhicule peu polluant en marche, silencieux, coût d'entretien faible (...) temps de recharge long, autonomie faible, coût des batteries élevé.(...) La voiture électrique est équipée de batteries rechargeables et de moteurs électriques permettant des performances correctes sur des distances situées entre 100 et 200 km sans émission polluante.»

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Plus loin, deux petits petits paragraphes noyés dans le corps de l'article soulèvent légèrement, trop légèrement, mais au moins l'évoquent-t-ils, le problème environnemental :

«Néanmoins, les batteries de 150 à 250kg environ, d'une durée de 5 ans en moyenne, contiennent des composants toxiques (plomb, cadmium, lithium,…), et la pollution causée par la fabrication des pièces, par leur transport et leur assemblage est similaire à celle d'un véhicule classique.»

Un peu plus loin, on apprend :

« la centrale électrique qui fabrique l'électricité pollue très certainement. Actuellement, dans le monde, 40% de l’électricité est issue des centrales au charbon, 20 % par des centrales au gaz, 15 % par des centrales nucléaires, 15 % par des barrages, 5 % par des produits pétroliers, moins de 2% avec de l’éolien et moins de 0.2% par le solaire...» [8]

La production de l'énergie électrique non polluante, même en incluant les barrages, représente moins de 18 % de la production mondiale totale... Aussi, le développement de la voiture électrique provoquera un accroissement de la production électrique, et par conséquent de la pollution.

Ainsi :

« au niveau européen, il faut savoir que le "bilan carbone" d’une voiture électrique est proche de celui des voitures thermiques récentes car la part des énergies fossiles dans la production électrique européenne reste très importante. Avec l’arrivée massive de voitures thermiques ou hybrides émettant moins de 100 grammes de CO2 par km à l’horizon 2015, ce "bilan carbone" des voitures électriques pourrait même devenir moins bon que celui des véhicules thermiques ou hybrides de dernière génération, au moins au niveau européen.» [9]

Ou encore :

« A peine sorti de l’usine, un véhicule électrique a déjà rejeté 14 à 20% de ses émissions totale de CO2 (...). Ensuite, selon l’heure à laquelle vous le rechargez, la "facture CO2" peut grimper jusqu’à 600 g/km, soit cinq fois la pollution d’une voiture à essence. Car vers 19h en hiver, pour faire face aux pics de consommation électrique, EDF met en route de bonnes vieilles centrales à charbon... » [10]

Et si les bonnes vieilles centrales à charbon ne suffisent pas, la France devra importer, comme en 2007, de l'électricité produite par les centrales au charbon de ses voisins...

De plus, même si elle développe considérablement sa production d'énergie électrique "propre" (solaire, éolien,etc) la France devra disposer d'un parc nucléaire beaucoup plus important si son parc automobile devient majoritairement électrique...

Aussi, sommes-nous prêts à avoir deux fois plus de centrales nucléaires alors que déjà, nous sommes en peine à traiter puis à entreposer les déchets nucléaires, en toute sécurité durant des millénaires ?

Les écotartuffes, eux, ont déjà répondu positivement :

Si la production est massivement à base de charbon (...) Ceci fait dire à certains réactionnaires que « la voiture électrique pollue plus que la voiture à essence ». La France est le bon élève sur ce sujet. Le nucléaire ne génère pas de CO2, mais des déchets radioactifs. [11]

Et puis, il est incontestable que le nucléaire renforce notre indépendance énergétique, n'est-ce-pas ? ...[12] En plus, les déchets nucléaires sont un moindre mal, quasiment écolos et sans danger pour l'Homme et la planète... Une position qui a été défendue au parlement européen par les députés d'Europe écologie, à part Bové. [13]

Plaisanterie et propagande officielle mises à part, la voiture électrique est un leurre, ou une escroquerie qui permet au système de gagner du temps... tout en envoyant l'humanité dans le mur.

Notes

[1] Parti de gauche - sortie de route

[2] Naturavox - la revanche de la voiture électrique

[3] La tribune) - La voiture électrique, révolution ou grand bluff ?

[4] ADEME - guide pratique, la voiture

[5] ADEME - Les avantages des véhicules électriques

[6] Objectif terre des hommes - Voiture 100% électrique : une équation économique très pertinente

[7] Observatoire du nucléaire - C-zéro : le subterfuge de Citroën

[8] Les deux extraits sont tirés du site ConsoGlobe - Duel écologique : Voiture à essence vs Voiture électrique

[9] Notre-planète-info - Véhicule propre : la voiture électrique au lithium-ion n'est pas la solution miracle

[10] France Info - La voiture électrique a-t-elle un avenir ?

[11] Terre finance - La voiture électrique : « tout le monde l'attend » !

[12] Observatoire du nucléaire - Des otages au Niger et des voitures électriques à Paris : qui fera le rapprochement ?

[13] Bellaciao - Europe Ecologie vote pour le nucléaire, Bové s’abstient...