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Nous soumettons d’ores et déjà au débat sept chantiers :

«1. Refonder le service public de l’art et de la culture, à commencer par le Ministère de la culture et de la communication lui-même, en donnant un nouvel essor aux politiques publiques d’aide à la création artistique. L’art n’est pas intimidant en soi, il est indispensable à toute visée émancipatrice et il a besoin de liberté et de moyens accrus. Nous réaffirmons la responsabilité nationale de l'État à l’égard de la création et la nécessité d’une intervention publique forte dans le même temps, pour créer les conditions de son partage par le plus grand nombre.»

«2. Définir une compétence partagée entre l’Etat et les collectivités territoriales. Fixer le cadre réglementaire d'une compétence partagée entre l'État et les collectivités territoriales au sein d'une décentralisation démocratique leur garantissant des moyens nouveaux. Sur la base d’une vaste débat national et décentralisé, en particulier grâce à la mise en place des Conférences régionales permanentes pour l’art et la culture, nous lancerons le chantier de la redéfinition des finalités et des moyens des dispositifs d’aide à la création, les statuts et les cahiers des charges des établissements culturels, la progression des droits sociaux des professionnels des arts et de la culture, les formes et les moyens de l'action culturelle, l'éducation artistique à l'école, la place de l'art dans l'espace du travail comme dans celui de la ville, ainsi qu'auprès des publics «empêchés» (hôpitaux et prisons...), ainsi que la place et le rayonnement de la culture française dans le monde.»

«3. Réaffirmer un lien étroit entre le soutien à la création et la démocratie culturelle. Nous donnerons un nouvel élan à l’éducation populaire et à l’action culturelle qui permettent à chacune et à chacun, singulièrement dans les classes sociales écartées des voies classiques d’accès à la culture, de s’approprier et/ou de produire à l’école, les œuvres et les pratiques artistiques, dans les entreprises, dans les villes et les territoires, de s’exprimer au sein de pratiques innovantes, de s’épanouir dans le vivre ensemble, l’ouverture aux autres et la solidarité de tous.»

«4. Affranchir notre économie de la culture de la soumission à l’argent. Il s’agit de soutenir l’émergence d’une économie sociale, solidaire et durable, contre la domination des grands majors du cinéma de la musique et de l'édition, contre la toute puissance du marché de l’art sur les arts visuels et plastiques, pour défendre une édition, une distribution et une diffusion indépendantes de production, de distribution et de diffusion des œuvres artistiques dans toutes leur diversité. Encourager le pluralisme de la création cinématographique et audiovisuelle par une réforme du fonds de soutien, permettant une meilleure redistribution, une augmentation de l’avance sur recettes et des aides sélectives à la diversité et à la coopération culturelles.»

«5. Promouvoir un Internet libre, interactif et citoyen. Promouvoir un Internet libre, interactif et citoyen par la mise en place d’un service public d’accès aux réseaux, des plateformes publiques de téléchargement tout en garantissant les droits et les rémunérations des créateurs et des auteurs, contre la fracture numérique et la «googlelisation» de cette formidable révolution technologique au potentiel émancipateur considérable.»

«6. Liberté, démocratie et culture pour l’information et les médias. Développer une politique des médias et de l’information qui s’appuie sur le triptyque liberté, démocratie et culture. Permettre aux citoyens de se former à une lecture critique des médias via l’école, les universités et l’éducation populaire. Il s’agit de soustraire les médias à la domination des pouvoirs politiques et économiques et pour cela en premier lieu relancer les dispositifs anti-concentration concernant les grands organes de presse, de télévision et sur internet dans le but de promouvoir le pluralisme des idées et de la création. Nous reconstruirons un service public de l’audiovisuel, de la production à la diffusion, associant les salariés et leurs représentants, les usagers et les élus à sa gestion, à l’évaluation des missions de service public et aux nominations. Le CSA sera démocratisé, sa composition sera modifiée, ses compétences élargies pour une appréciation qualitative des programmes audiovisuels, notamment ceux aidés par les pouvoirs publics et donner à ses sanctions un caractère réellement dissuasif. Les radios et télévisions à but non lucratif seront développées et financées par un fonds de soutien à l’expression audiovisuelle. À une époque où chaque citoyen regarde la télévision environ 3 heures et demie par jour, celle-ci doit pouvoir affirmer sa triple fonction à vocation civique: information, divertissement, et culture. Il faut réaffirmer la vocation des pouvoirs publics à réguler le secteur de l’audiovisuel, à sauvegarder la dimension créatrice des programmes de télévision, à défendre l’indépendance des auteurs et des producteurs et à maintenir une offre diversifiée d’œuvres de qualité. Il faut redéfinir une politique d’aide à la presse permettant de l’affranchir du pouvoir des puissances industrielles et financières, de garantir l’indépendance des journalistes et des rédactions, le pluralisme politique, idéologique et culturel.»

«7. Exception et diversité pour une mondialité culturelle. Relancer, au plan européen et international, notre combat pour une mondialité culturelle selon l’expression d’Edouard Glissant : par le respect des principes de l’exception culturelle en agissant pour la mise en application effective de la Convention Unesco de 2005 sur la diversité des expressions culturelles et la prééminence de ses principes sur les directives de l’OMC ; par la refondation de l’action culturelle extérieure de la France, sinistrée par quatre années de sarkozysme, au service du rayonnement de la création et de la langue française ; par le renforcement de l’intervention publique permettant de maintenir l’art et la culture dans l’exception aux règles de la concurrence « libre et non faussée » notamment par le libre développement des outils publics de création et de diffusion. Nous agirons pour modifier les Traités européens afin que les financements publics pour la culture ne soient pas des dérogations tolérées, mais deviennent des axes fondamentaux de la construction européenne conformément aux principes de la Convention Unesco.»

Un débat public national et décentralisé, une loi d’orientation et de programmation, des moyens accrus

«Le gouvernement et le parlement engageront cette grande ambition dans le cadre d’un vaste débat public, national, décentralisé et ouvert à tous les acteurs culturels comme à l’ensemble des citoyens. Celui-ci portera tout à la fois sur le sens de cette politique culturelle comme sur les moyens nécessaires à sa réalisation et pourrait déboucher sur un cadre législatif en termes d’orientation et de programmation pour l’art, la culture et l’information.»

«Il n’y a pas de politique culturelle ambitieuse sans moyens nouveaux. Nous proposons que le budget de la nation consacré à l’art et la culture (Etat et collectivités confondus) se fixe comme ambition d’atteindre, en une législature, 1% du PIB, soit une augmentation d’environ 1/3 des budgets publics actuels. Ce qui serait justice quand on sait que la culture représente près de 4% de la richesse nationale produite. Tous les budgets culturels publics doivent progresser. Celui du Ministère de la Culture et de la Communication, mais aussi ceux de l’Éducation nationale, garant de l’éducation artistique des jeunes, et des Affaires étrangères, garant du rayonnement de la langue et de la culture françaises dans le monde.»

«À l’heure où les vieux démons travaillent à nouveau la droite française, où l’obscurantisme et le populisme se conjuguent à de formidables régressions sociales il est urgent, à gauche, de retrouver les chemins de l’espérance et de l’utopie. L’art, la culture et les savoirs sont les conditions d’une politique de gauche authentiquement transformatrice et qui se fixe pour ambition de dépasser les dominations et les aliénations générées par un capitalisme financier et productiviste en crise majeure.»

«Face à la montée de la désespérance et au retour de la barbarie, seule la culture peut ouvrir la voie de la civilisation.»

VENEZ NOMBREUX [1]

Notes

[1] En ces lieux, nous avons évoqué à plusieurs reprises la démarche originale du programme partagé du Front de gauche, en particulier les billets suivants : « Face à la crise écologique, unir l’écologie et la justice sociale ! » - quelques propositions fiscales pour le programme partagé - Un logement c'est ton droit ! Défendons-le !