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Au-delà des déclarations tapageuses et des postures électoralistes, le fait que l'UMP et le FN partagent les mêmes valeurs aura, à coup sûr, des conséquences politiques dans un futur proche pour les droites et le pays.

L'avènement du sarkozisme et l'arrivée de la fille du milliardaire Le Pen à la tête de l'entreprise familiale Front national ont changé la donne.

L'U.M.P. AU POUVOIR ou UN AVANT-GOÛT DE FN

Depuis, la création de l'UMP, la droite classique a opéré sa mue. L'adoption des thèses néo-libérales et l'abandon du gaullisme ont concordé avec la référence à l'identité nationale au sein même de la droite dite classique. L'arrivée à l’Élysée de Sarkozy a accéléré la tendance, en inscrivant dans la loi la préférence nationale.

A mesure que les illusions électorales de la campagne présidentielle s'envolaient et que la régression sociale s'affirmait, l'UMP a radicalisé son discours, tout en menant la politique du bouc émissaire d'une rare violence à l'encontre des exclus, du squatteur, de l'habitant d'une habitation non traditionnelle (yourte, mobile-home), du syndicaliste traduit en justice, du travailleur victime d'un plan de licenciements, du sans-papier arrêté sous les yeux des enfants à la sortie des écoles, de l'opposant politique livré menottes aux poignets aux autorités de son pays, du réfugié renvoyé dans son pays en guerre !

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Un discours sécuritaire et nationaliste d'inspiration frontiste, bien relayé par les médias complaisants, dans un contexte intellectuel qui autorise tous les dérapages. Où la mode est de briser les tabous, c'est-à-dire ceux issus de la Résistance et du combat pour la liberté et des droits. Tous les tabous, enfin presque ! Il n'est pas question de remettre en question l'argent roi, les privilèges de l'oligarchie ou le sacrosaint traité de Lisbonne !

Si autrefois, la droite classique RPR et UDF faisait parfois par opportunisme des déclarations putassières pour draguer un électorat infidèle et récupérer élus et militants frontistes, en cinq ans l'UMP est passée à la vitesse supérieure en intégrant l'idéologie frontiste de la préférence nationale, et par là même, en légitimant et en banalisant les idées du Front national.

Cette OPA sur l'identité nationale a provisoirement détourné une partie de l'électorat du Front national, sauf qu'aujourd'hui, à quelques mois du 1er tour de la présidentielle, le siphonneur est en passe d'être siphonné.

LE FN A L'ABORDAGE OU L'UMP EN PIRE

A côté de cette UMP à la dérive qui reprend in extenso les idées du Front national, Marine Le Pen, qui a déjà remporté la bataille idéologique contre les descendants des gaullistes, espère prendre le leadership de toute la droite.

Elle ne laisse rien au hasard, quitte à délaisser, le temps d'une campagne électorale, les thèses néo-libérales pour draguer l'électorat populaire, ouvriers et fonctionnaires, en recouvrant d'un vernis laïc et social son discours identitaire.

Une couche de vernis social qui ne résiste pas deux secondes à l'analyse puisque les fondements économiques de l'idéologie frontiste sont néo-libéraux (par exemple refus d'encadrer les loyers, baisses des charges patronales).

Dans cette vaste entreprise de mystification, Le Pen s'est forgée une nouvelle image auprès de médias dominants (et complaisants). Tout ce qui peut rappeler l'extrême droite et les origines du FN a été gommé, l'Histoire a été réécrite, les discours sont devenus plus policés et même la flamme frontiste a été relookée : le Front national est prêt à gouverner ! Ou plutôt à co-gouverner.

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Cette opération trahit un changement plus profond : le FN a de nouvelles ambitions. Il ne se contente plus de son rôle de diable de confort de l'oligarchie et du régime bipartite. Il entend devenir un parti de gouvernement, à l'instar de l'ancien MSI de G. Fini qui a réussi, 20 ans avant elle, à transformer son groupuscule d’extrême droite en un parti "respectable", allié traditionnel de la droite néo-libérale de Berlusconi.

ALLIANCE OU FUSION

Hormis une large victoire de Sarkozy dont la dynamique sauverait l'actuel rapport de forces à droite, en conservant la majorité absolue à l'Assemblée nationale, deux scenarri peuvent se produire :

  • en cas de victoire de Sarkozy sans dynamique positive, l'UMP aura vraisemblablement besoin du FN pour conserver la majorité à l'assemblée nationale. Une alliance électorale marquera vraisemblablement l'arrivée de ministres d'extrême droite au gouvernement...
  • en cas de défaite de Sarkozy, l'UMP risque non seulement d'être laminée aux législatives, mais également de perdre son hégémonie à droite, d'autant qu'elle est déjà très fragile localement [1]. Dans cette hypothèse, tout est possible, la fusion avec le FN ou l'éclatement, une partie -la droite populaire et d'autres- allant rejoindre les rangs du FN.

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UNE PÉRIODE PLEINE D'INCERTITUDES

La montée du FN n'est pas un cas isolé sur un continent européen frappé par la crise malgré l'Union européenne et l'euro qui protègent !

Le Front national se nourrit de l'insécurité sociale ainsi que de l'incapacité de la droite classique et de la social-démocratie à résister aux dogmes néo-libéraux dont l'application aggrave la crise.

Cette crise du capitalisme et cette crise politique ne sont pas sans rappeler les années 30 :

« Si la république de Weimar avait débouché sur le nazisme, ce n'était pas un hasard. L'ultra-libéralisme avait débouché sur l'ultra-totalitarisme; non, pas un hasard. Cela signifiait qu'il ne fallait pas se laisser avoir par les apparences » (André Schwartz-Bart)

Toutes les politiques d'austérité de droite, du centre ou de gauche qui sont par nature conformes aux dogmes néo-libéraux précipiteront le peuple dans la misère sociale et dans le vote FN.

Aussi, pour saper durablement l'influence du FN, le seul vote utile est le vote Front de gauche. [2]


Ce billet fait suite à l'excellent Alexis Corbière “Le Parti de l’étrangère” du Cri du peuple. Nul doute que l'ami des échos de la gauchosphère à son mot à dire sur le Front national...

Notes

[1] des pas perdus : Requiem pour la droite classique

[2] des pas perdus : la rigueur ou la relance sociale