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L'abstention est un vieux serpent de mer de la gauche radicale. Après la répression sanglante de juin 1848, nombre de socialistes révolutionnaires, parmi lesquels Jacques Lefrançais - qui fera prochainement l'objet de deux billets - militaient pour l'abstention, estimant notamment que la démocratie représentative détournait le prolétariat du grand soir.

La démocratie dite représentative de la Cinquième république ou de l'Union européenne pourrait justifier l'abstention.

L'ABSTENTION PROFITE A L'OLIGARCHIE.

Au vu de l'histoire récente, l'abstention - qu'elle soit de conviction, de combat ou d'indifférence - n'a, jusqu'à présent, aucunement empêché le règne sans partage de l'oligarchie.

Aux Etat-Unis et en Angleterre, l'abstention massive des classes populaires et moyennes n'a ni fragilisé les institutions, ni bloqué les avancées des politiques néolibérales de régression sociale, ni servi les intérêts du prolétariat. D'ailleurs, elle a plutôt favorisé la droitisation du parti qui était traditionnellement à gauche.

Une note de Terra Nova publiée avant la présidentielle de 2012, parue après La Flamme et la cendre de DSK, expliquait doctement que le PS devait se détourner de sa base électorale traditionnelle. En d'autres termes, Terra Nova prenait cyniquement acte de l'abstention des classes populaires et moyennes et encourageait le PS à présenter un programme pour séduire les classes moyennes supérieures et les classes aisées. Le programme du candidat Hollande a entretenu un certain flou, mais une fois au pouvoir, les masques sont définitivement tombés.

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Il ressort de ces faits que l'abstention génère des effets inverses de ceux qui avaient été prévus par ses promoteurs. Certes, plus l'abstention est importante, plus elle peut être considérée comme une forme de rejet ou de protestation, et plus les institutions perdent de leur légitimité populaire, mais concrètement ?

L'abstention tend à transformer la démocratie dite représentative en un genre de système électoral censitaire qui facilite les desseins du patronat et la suprématie des deux partis qui se partagent alternativement le pouvoir. Un système censitaire qui aboutit à l'extension des privilèges des classes aisées au détriment des classes populaires et moyennes.

LA RÉVOLUTION PAR LES URNES.

Quitte à faire un pari pascalien, je préfère celui de la révolution par les urnes parce qu'il arrive parfois qu'une majorité réellement à gauche, porteuse d'une véritable alternative politique, soit élue.

La révolution par les urnes n'est pas un vain slogan au Vénézuela, en Bolivie ou en Equateur. Ou en France sous le Front populaire. Voire même à la Libération, quand une puissante minorité de députés communistes avec le soutien du mouvement social a réussi à imposer le programme du Conseil national de Résistance, en créant notamment la Sécurité sociale.

Je voterai donc pour la liste du Front de gauche pour envoyer le maximum de députés résolument opposés au néolibéralisme de l'UE, porteurs d'une autre Europe.

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Je voterai également Front de gauche pour soutenir la candidature de Alexis Tsipras à la présidence de la commission européenne. Ce sera donc un vote de solidarité au peuple grec en soutenant la plus puissante force politique grecque qui s'est opposée aux plans austéritaires de la Troïka.

Ce faisant, chaque voix pour le Front de gauche contribuera à aider SYRIZA dans sa conquête du pouvoir. J'ai la faiblesse de penser qu'il suffirait qu'un seul gouvernement européen désobéisse aux dogmes néolibéraux pour fragiliser et précipiter la fin de l'UE.

PUNIR ÉLECTORALEMENT ET AFFAIBLIR FINANCIÈREMENT LE PARTI SOCIALISTE

Un court article, en page 2 en bas à droite du Canard Enchainé de cette semaine, rapporte que le 1er secrétaire du PS est optimiste pour les élections européennes, en raison du probable fort taux d'abstention qui permettrait au PS de conserver ses positions acquises en 2009. Cambadelis espère (prospérer sur) 60% d'abstention !

La déroute aux municipales a, parait-il, touché le cœur de l'appareil socialiste, c'est-à-dire des élu-e-s, des "militant-e-s" et divers conseillers qui vivent plus ou moins directement du PS, dont certain-e-s découvrent la réalité du "marché" de l'emploi... Et, leur exemple doit probablement inquiéter celles et ceux qui craignent un nouveau revers électoral du PS.

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D'ailleurs, les difficultés rencontrées par l'exécutif pour faire adopter son plan d'austérité sont probablement dues à un climat d'inquiétude dans la vieille maison. Dites-vous bien que beaucoup de "socialistes" craignent de perdre leur situation privilégiée, à l'abri des conséquences des politiques néolibérales qui détruisent toutes les protections sociales depuis près de trente ans.

Par conséquent, voter contre le PS aux européennes, c'est l'affaiblir politiquement et financièrement : moins le PS aura de voix par rapport aux autres listes, moins il aura d'élu-e-s, moins il aura de moyens matériels et humains, et moins il sera un soutien fiable pour le gouvernement Valls. Et surtout, le doute et l'inquiétude rongeront les rangs des socialistes si ces derniers prennent conscience que le logo du PS ne constitue plus la garantie d'être élu-e. A ce moment là, un phénomène d'implosion risque de précipiter sa chute...

A l'heure où une politique austéritaire d'une violence inédite frappe de plein fouet les classes populaires et moyennes, il ne faut pas rater la moindre occasion de sanctionner le PS, en votant pour une force de gauche qui s'oppose à lui.

Bref, tant que le PS demeurera puissant, tant qu'il ne plongera pas au même niveau du PASOK, inutile d'espérer que la situation évolue à gauche et dans le pays...

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