Plus exactement en concluant notre commentaire par ces mots :

Je pense qu'il suffira qu'un seul gouvernement refuse l'austérité et audite sa dette (avec suspension du remboursement [1] pour que la domination néolibérale s'effondre dans l'UE.

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Via la combinaison de diverses lectures et de notre expérience de vieux con, nous sommes plutôt enclins à penser qu'une comparaison entre l'URSS finissante et l'UE néolibérale n'est pas dénuée de tout fondement.

Comme l'URSS naguère, les dirigeants de l'UE néolibérale sont murés dans leurs certitudes, croyant aveuglément que l'application zélée des dogmes de l'idéologie dominante apportera croissance et prospérité. L'enfer est pavé de bonnes intentions, souffrez patiemment, bandes de gueux !

Comme dans l'URSS, une nomenklatura dénommée oligarchie, préservée des aléas économiques, constituée de bureaucrates, de technocrates, de grands patrons, d'éditocrates et de politiciens, impose des réformes qui dégradent les conditions de vie du peuple.

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Comme aux temps de l'URSS, les décisions sont prises très démocratiquement, loin des citoyens, le parlement a peu de pouvoirs, et la démocratie représentative est très symbolique même si des intellectuels de marché craignent un "accident démocratique".

Comme dans l'URSS, la propagande a recours à tous les moyens et à tous les artifices pour masquer des résultats peu reluisants en publiant des communiqués de victoire au plus infinitésimal signe positif (waouh la croissance est de 0,1% ! - l'augmentation du chômage est moins forte ! - la dette publique augmente moins vite !), en dénigrant grossièrement les opposants (des populistes forcément !), en pratiquant une novlangue qui dénature la langue (à base d'oxymores) et en trafiquant les statistiques officielles (notamment du chômage et de l'inflation). Et, à l'occasion en guerroyant au nom des droits de l'Homme et de la démocratie !

Mais, comme dans l'URSS, certains zélateurs du régime se posent des questions. Même le FMI, Komintern du néolibéralisme, laisse transpirer ses doutes quant à la pertinence de l'austérité ! Même les citoyen-ne-s profanes constatent que l'austérité et la régression sociale provoquent la récession économique, alourdissent l'endettement public et favorisent les intérêts d'une caste de privilégiés...

Si bien qu'il devient évident qu'une crise qui dure depuis plus de 40 ans (si on situe son commencement au premier choc pétrolier) n'est pas une crise. Que les politiques néolibérales provoquent sciemment des crises (la stratégie du choc de Naomi Klein) pour imposer aux peuples - traumatisés et matraqués par la propagande - des réformes qu'ils n'auraient jamais acceptés.

Mais, à l'instar de la bureaucratisation et du collectivisme étatique pratiqués à l'excès dans l'ex-Union soviétique, le néolibéralisme à outrance de l'UE à base de concurrence dans tous les secteurs d'activité, de productivisme à n'importe quel prix et de dumping social finit par aboutir à une impasse économique, sociale, écologique et politique.

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Paradoxalement, l'UE semble se renforcer de traités austéritaires en traités austéritaires mais l'adhésion populaire rétrécit comme une peau de chagrin à mesure que le néolibéralisme envahit tous les secteurs et frappe de nouvelles classes sociales.

Aussi, combien de temps l'oligarchie européenne dominera-t-elle encore ? Peut-être suffira-t-il qu'un seul pays de l'UE désobéisse aux diktats de la troïka (FMI-BCE-Commission européenne) pour que la domination néolibérale s'effondre en Europe comme un château de cartes ?

Certains rétorqueront que les conditions politiques ne sont pas bonnes. Que l'alternance politique entre la droite et la social-démocratie se traduit par la continuité des politiques néolibérales (la prochaine réforme des retraites permettra de le vérifier). Que l'autre gauche n'est pas en situation. Mais, le rapport de forces n'est pas gravé dans le marbre comme le prouve l'évolution respective de SYRIZA et du PASOK. L'autre gauche a bien fini par l'emporter sur le continent Sud-américain...

Bien-sûr, eurobéats et déclinologues ajouteront qu'hormis leur modèle allemand, aucun pays de l'UE ne peut faire cavalier seul en ces temps de globalisation économique... Mais l'expérience prouve le contraire.

Les peuples qui ont osé rompre, comme en Islande, en Équateur, en Argentine ou au Venezuela vivent bien mieux aujourd'hui qu'aux temps où ils subissaient la férule néolibérale. Il n'y a ni déclin économique, ni régression sociale et les finances publiques se portent mieux...

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Certes, ces pays ne sont pas des modèles à copier... [3] Mais pourquoi diable, un pays européen échouerait-il forcément alors que lesdits pays, pourtant bien moins puissants que la France, se sont libérés avec succès de la camisole néolibérale ?

Aussi, tous ces éléments font que nous ne sommes pas pessimistes. L'austérité et la régression sociale comme moyens incontournables et indépassables ne pourront durer ad vitam æternam : l'UE néolibérale s'effondrera.

Et puis, qui sait, Hollande se transformera en Roosevelt ? Il est vrai que son quinquennat n'en prend pas le chemin...

Notes

[1] provisoire, le temps d'avoir le résultat de l'audit pour savoir exactement la somme que l'Etat doit véritablement rembourser

[2] cette libre adaptation de Caillebotte est le fruit de notre travail. Comme toutes les autres images du bloug (sauf mention contraire), elle est libre de droits.

[3] certains se plaisent à affirmer que le Vénézuéla est le modèle du FDG... un mensonge mille fois répété pour dénigrer le FDG