Et Macron donna le pouvoir à l'extrême droite, avec la complicité des partis dits de gouvernement ?

un léger décalage...

Billet

Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie mais son évolution par temps de crise. (Bertold Brecht)

En décidant la dissolution de l'assemblée nationale, le président de la République n'a pas pris une décision courageuse comme l'affirment les médias publics et ceux qui appartiennent au CAC 40 puisqu'il restera en place. Par contre, sa décision d'organiser les élections législatives dans les délais les plus courts par rapport aux élections européennes permet au RN-FN de profiter de sa dynamique électorale. S'il voulait donner le pouvoir à l'extrême droite, Macron ne s'y serait pas pris autrement.

Certains estiment que le FN-FN au pouvoir montrera son incompétence, les choses empirant, leurs électeurs se détourneront de lui. Bref, l'exercice du pouvoir le ferait dégonfler comme une baudruche. Mais peut-on parier ainsi, et, mettre en danger les libertés publiques ? Faut-il rappeler, même si comparaison n'est pas raison, que le représentant de la bourgeoisie allemande nomma Hitler chancelier en faisant le même pari que Macron alors que le parti nazi était en perte de vitesse et que ses hauts cadres pensaient se reconvertir dans la société civile ? On connaît la suite de l'histoire...

L'avènement du RN-FN et la décision de dissolution de Macron sont tout sauf une surprise. On pourrait parler de collaboration plus ou moins active à laquelle ont activement participé tous les partis qui ont été au pouvoir depuis au moins 20 ans, si ce n'est 30 ans. Les différentes alternances politiques ont toutes été marquées par la continuité des politiques économiques, sociales et sécuritaires. Gauche et droite de gouvernement aggravant alternativement les réformes des anciennes majorités présidentielles avec comme prétextes l'UE et l'intégration dans la mondialisation capitaliste.

Le néo-libéralisme a d'abord frappé les classes populaires puis la petite-bourgeoisie, provoquant un chômage et une précarité de masse. Cette situation sociale et économique désespérante résulte également d'un blocage institutionnel se caractérisant par l'absence de véritable alternance politique.

Ainsi, les différentes réformes de retraite le démontrent, Sarkozy poursuivant la réforme de Chirac, puis Hollande celle de Sarkozy, et, enfin Macron celle de Hollande, allongeant toujours plus le nombre de trimestres de cotisations et reculant l'âge de départ à la retraite. S'il y avait eu une véritable alternance politique entre la droite classique et la gauche PS-EELV, les différentes réformes des retraites n'auraient pas poursuivi la même logique défavorable au monde du travail, privant certain-e-s d'une retraite bien méritée, et, plongeant les autres dans une retraite de misère.

Ce contexte a été extrêmement favorable au FN-FN qui n'a cessé de prospérer jusqu'à ce jour.

De plus, les forces néo-libérales au pouvoir - aka macronie, droite classique, Modem, PS, EELV - en plus de s'enferrer dans le néolibéralisme (TINA) autoritaire, ont peu-à-peu banalisé et légitimé l'idéologie de l'extrême droite en s'en prenant d'abord aux immigrés et aux migrants, puis à la population française non blanche et, enfin aux chômeurs pour justifier leurs réformes antisociales, la stagnation du SMIC et du point d'indice, des minimas sociaux, les coupes budgétaires dans les APL et la construction de logements sociaux, le démantèlement du droit du travail alors que la France occupe la première place des accidents et des morts au travail en Europe. Et que dire des violences policières impunies et de la criminalisation des syndicalistes, des écologistes et des gilets jaunes ?

Comment ignorer que la montée progressive du FN-RN est proportionnelle à la destruction méthodique de l'Etat économique et social issu du programme du Conseil National de la Résistance ? C'est justement pour éviter le retour du fascisme en France que le CNR avait élaboré un programme économique et social. La Résistance ne voulait pas seulement renverser les fascistes de Vichy et les nazis, mais empêcher son retour après la Libération... En détruisant les antidotes au fascisme que croyaient Sarkozy-Hollande-Macron qu'il adviendrait ?

Ces partis dits de gouvernement ont installé le dumping social et écologique dans une économie qu'ils n'ont cessé d'ouvrir à tous les vents. Face à la concurrence internationale et pour protéger et développer les profits du capital, il ne leur restait plus qu'à baisser toutes les normes au détriment des conditions de travail et de vie. Pour réussir cet objectif qui s'en prend violemment au plus grand nombre, c'est-à-dire aux classes populaires et moyennes, il fallait diviser... et quoi de mieux que le racisme et le mépris de classe ? Quoi de mieux pour banaliser l'idéologie raciste que reprendre les mots du RN, réhabiliter Maurras et Pétain, fréquenter De Villiers, demander à Zemmour un rapport sur l'immigration ou voter la préférence nationale avec le RN ?

Enfin, ces partis politiques se sont même accommodés de la présence d'un FN-RN puissant électoralement. Elles ont entretenu sa puissance électorale, les élections permettant l'élection d'un des leurs au 2d tour grâce au barrage "républicain" ... et empêchant celle d'un-e candidat-e de la gauche anticapitaliste. Le FN-RN leur était très utile, voire indispensable pour se maintenir ou accéder au pouvoir. Et, très utile à la bourgeoisie qui savait que ses intérêts seraient bien protégés quel que soit le résultat des élections.

En même temps qu'elles pratiquaient la banalisation de l'extrême droite, ces forces de gouvernement ont sciemment pratiqué le relativisme et la confusion. LR, la macronie et une partie du PS ont maintes fois refusé dans de nombreuses circonscriptions de se désister au 2d tour, préférant prendre le risque de l'élection d'un-e candidat d'extrême droite plutôt que celle d'un LFI ! A l'assemblée nationale, la macronie donna même volontairement deux vice-présidences au RN plutôt qu'à la NUPES. Il fallait bien notabiliser l'extrême droite et lui donner un vernis parlementaire...

Cela s'est accompagné d'un changement dans leur vocabulaire pour invisibiliser l'extrême droite. L''expression "extrême droite", trop lourde et infamante, disparaissant de leur champ lexical au profit du mot indéterminé et vague "les extrêmes". De fait, la gauche radicale traditionnellement incluse dans le camp républicain devint infréquentable à leurs yeux pour des raisons exclusivement opportunistes, les macronistes pour faire voter des textes de lois grâce au RN, les autres pour retrouver l'hégémonie à gauche...

Enfin, la banalisation idéologique et la légitimation politique ne suffisant pas, ils ont participé à la manifestation de syndicats policiers d'extrême droite devant l'assemblée nationale, puis organisé une « grande marche civique contre l’antisémitisme » pour redonner une virginité politique aux héritiers de la waffen SS et de la collaboration, et, surtout pour écarter la France Insoumise...

Cet opportunisme politique et ce cynisme donnent l'impression du déjà vu. Voici l'analyse d'Haffner, témoin direct de l'Allemagne des années 30 :

A ma connaissance, le régime de Brüning a été la première esquisse et pour ainsi dire la maquette d'une forme de gouvernement qui a été imitée depuis dans de nombreux pays d'Europe : une semi-dictature au nom de la démocratie et pour empêcher une dictature véritable. (...) il semblait la seule protection contre Hitler. Il le savait, bien entendu. Et comme son existence politique était directement liée à sa lutte contre Hitler, et donc à l'existence de celui-ci, il ne devait en aucun cas l'anéantir. Il devait combattre Hitler, mais en même temps le conserver. Il ne fallait pas que Hitler parvienne au pouvoir, mais il devait rester dangereux. Il était inévitable que l'équilibre se rompit un jour.

Commentaires

1. Le mardi 11 juin 2024, 09:02 par AgatheNRV

Comme le RN a toujours voté de concert avec las macronistes et comme tu le démontres, ils ont les mêmes intérêts de classe, je ne crois pas à ce test d'incompétence mais plutôt à un choix délibéré pour finir la casse des conquis sociaux.

2. Le mardi 11 juin 2024, 09:06 par Des pas perdus

Oui ce sera la continuité dans bien des domaines.

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