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"pour moi le fait de se questionner ainsi entamait déjà une conversation placée sous l'angle de l'éternité et de l'infini, envisager ainsi les modalités de sa mort inaugurait une réflexion en termes de beauté dans l'univers du beau, puisque la saveur tirée de l'absurdité de sa propre voie, qui de toute façon se clôt de façon prématurée, cette délectation devant le vécu de ses propres errements, ça vous emplit le cœur d'amertume et par conséquent de beauté."

Ces quelques lignes sont prononcées par l'unique héros du récit au soir de sa vie, quand reclus dans une cabane isolée dans les montagnes, il s'apprête à écrire son autobiographie.

D'extraction pauvre, le narrateur débute sa vie comme garçon de salle. Au fil des années et des rencontres, ce dernier va peu à peu s'élever professionnellement jusqu'à travailler dans des établissements de luxe fréquentés par les élites politiques, économiques ou intellectuelles.

Il en profite pour décrire aussi les mœurs de l'époque, les travers des uns, leurs passions, les siennes et son ambition de devenir suffisamment riche pour s'offrir tous les plaisirs et, à terme devenir son propre patron.

Ce personnage raconte des événements politiques (annexion de la Tchécoslovaquie, nazisme, libération puis instauration du régime communiste), personnels (son mariage avec une Allemande sous l'Allemagne nazie, l'abandon de son fils handicapé mental, son veuvage, son emprisonnement) ou professionnels (travail dans un centre nazi de fécondité, chômage, ouverture de son établissement, dépossession de ses biens) d'une façon très particulière...

Est-ce le recul, l'insouciance, la bêtise qui l'amènent à s'attarder sur des détails insignifiants et à négliger des événements historiques et politiques de première importance ? Le décalage est tel que la lecture en devient étrangement désopilante.

Inutile d'ajouter, mais c'est mieux de l'écrire, que nous vous recommandons vivement cet étonnant roman de Bohumil Hrabal.