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Je suis resté en retrait jusques-là parce que les deux lignes qui s'affrontent me semblent toutes les deux pertinentes. Je ne vous raconte pas les débats internes que ça produit dans mon cervelet !

Je partage la position de principe du Parti de gauche et de son co-président, mais je n'en fais pas un dogme : l'autonomie conquérante. Il ne faut pas collaborer avec un PS qui se discrédite tout seul en menant une politique identique à celle de Sarkozy.

Quand la droite, le PS et leurs collabos du Centre et d'EELV seront rejetés par les citoyen-ne-s, il vaudra mieux que le Front de gauche apparaisse comme la seule force politique crédible pour sauver le pays de la ruine et de la régression sociale.

Seulement, nous n'en sommes pas là et au vu des élections partielles, quelle que soit la stratégie du FDG, les municipales seront un désastre pour toute la gauche. Ce sera un mal pour un bien, tant il faut dégraisser l'éléphant PS.

Par conséquent, la position pragmatique du PCF ne me semble ni indéfendable, ni absurde. Il est légitime que le PCF soit tenté de reconduire des alliances locales dans les villes dont le maire est Front de gauche. Quand le FDG peut démontrer qu'une autre politique est possible au plus près des citoyen-ne-s, en l'occurrence à l'échelon municipal, devrait-il fuir ses responsabilités au motif que sa majorité municipale comptera quelques roses pâles au milieu d''une mer rouge? Je ne le pense pas.

Les militants du PCF trancheront. Ils décideront également si leur parti doit conclure des alliances dans les villes PS. Certaines seront reconduites s'ils estiment que leurs élus ont été utiles et ont réussi dans la précédente mandature à peser sur les orientations politiques de la majorité municipale à dominante PS. Il y aura peut-être d'autres motifs, moins avouables, tels que l'importance de disposer d'un réseau d'élus, d'avoir des moyens financiers, de rémunérer des cadres locaux et de maintenir la structure sur l'ensemble du territoire.

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Toutefois, j’espère que les militants communistes voteront au moins pour la position de principe de l'autonomie conquérante à Paris, à Lyon et à Marseille, les seules villes, me semble-t-il, où l'étiquette politique compte autant, voire plus, que la personnalité des candidats.

Quelle que soit la décision des communistes, évitons de dramatiser le débat sur des élections, essentiellement locales, qui sont déjà perdues puisque, autonomie ou pas, le PS fait couler toute la gauche.

Tant que le FDG demeurera un cartel de micro-partis dominé par le PCF, il sera légitime que les militants communistes décident eux-mêmes de l'orientation de leur propre parti... et illégitime de reprocher à la direction communiste de respecter les statuts du parti, quitte à enfreindre les diktats des autres micro-partis du Front de gauche.

Évitons d'accabler le PCF et de le tenir pour responsable de la future déroute électorale du Front de gauche !

Soyons clairs, si le Front de gauche est dans la merde, il le doit à lui-même, c'est-à-dire à toutes ses composantes !

L' existence du Front de gauche est à la fois fragile et miraculeuse puisqu'il regroupe des familles politiques qui se sont entre-déchirées au siècle dernier sous les coups de butoir du stalinisme et du social-libéralisme. Il incarne aujourd'hui, à lui seul, la gauche. La seule force politique de transformation sociale et de progrès social qui combat les politiques néolibérales.

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Ne fragilisons pas le FDG avec ce débat d'arrière-garde des Municipales qui échappe d'ailleurs à la majorité des citoyen-ne-s, et qui s'apparente de loin à la pire tambouille électorale.

Par contre, ce débat devrait faire prendre conscience que le Front de gauche doit structurellement évoluer. Son mode de fonctionnement - qui rappelle celui des partis avant-gardistes et qui était probablement un mal nécessaire à ses débuts - n'est plus acceptable aujourd'hui.

Il n'est plus acceptable que les sympathisant-e-s du FDG soient exclu-e-s des décisions prises en leur nom puisqu'il leur est quasiment impossible d'y adhérer directement avec près d'une dizaine d'organisations qui le composent, de s'exprimer et de voter en son sein.

Il n'est plus acceptable qu'une poignée de dirigeants - même hyper compétents, très visionnaires, fins stratèges et même extralucides - décident à huis-clos de tout et pour tout le Front de gauche.

Il est temps que le FDG applique à lui-même ses propres idées : l'Humain d'abord, le pouvoir au peuple, LA DÉMOCRATIE ! Si une telle discordance entre les actes et les idées perdure dans les mois qui viennent, le FDG ressemblera à un autre parti qui se dit de gauche mais qui mène actuellement une politique de droite...

Par conséquent, l'idéal serait que ce cartel de micro-partis se transforme en une seule et unique formation, à l'instar de Syriza.

Mais, puisqu'une telle évolution est utopique au regard de l'attachement des communistes à leur parti, qu'est-ce-qui empêche les autres composantes du Front de gauche, du Parti de gauche à la FASE, des Alternatifs au PCOF, de la Gauche unitaire à République et socialisme, de Convergences et alternatifs à la Gauche anticapitaliste, de se dissoudre pour créer un parti qui serait plus à même de négocier avec le PCF ? [1]

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Un Front de gauche composé de deux partis constituerait un progrès :

  • plus attractif : les sympathisants pourraient plus facilement adhérer au FDG via le PCF ou le nouveau parti .
  • plus efficace : le tête-à-tête plutôt que des marathons à 9 organisations...
  • plus crédible : le FDG serait plus soudé qu'il ne l'est aujourd'hui avec près d'une dizaine d'organisations membres.

Enfin, et surtout, ce nouveau FDG pourrait faire vivre la démocratie en son sein. Les deux partis pourraient créer des lieux d'échanges et de débats ainsi que des instances de décisions communs aux deux formations. Bref, il est temps que le Front de gauche évolue...

Note

[1] cela me rappelle un billet sur le congrès du Parti de gauche à Bordeaux