Malade de corruption, de pauvreté, de précarité, de désespérance sociale, d'inégalités, de clientélisme politique, de vote utile, de médias dominants complaisants...

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Toute cette sale histoire en rappelle une autre, plus ancienne, celle de Vitrolles. Plusieurs fois, un front dit républicain a fait barrage au FN avant que le couple Mégret ne l'emporte...

Pensez donc, qui dit front républicain, dit République en danger ! Les Mégret furent portant élus. La République a continué à exister. Les autochtones ont réellement goûté la politique municipale frontiste, le temps d'un mandat.

Hénin-Beaumont n'a pas encore de maire frontiste.

Vitrolles, c'était les années 80-90, la gauche était encore au pouvoir. Finalement, cette gauche socialiste s'accommodait de la Vème République, elle prenait goût au luxe des palais de la République, elle privatisait et encourageait l'argent roi...

Le temps était à la rigueur. Les leaders du PS citaient Helmut Schmidt :

"Les profits d'aujourd'hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain".

Il n'était plus question de justice sociale. La priorité des priorités résidait dans la lutte contre l'inflation et pour le franc fort. Les investissements s'évaporaient dans les fonds de pension, le chômage augmentait... Bref, la rigueur c'était toujours pour les mêmes, les ouvriers, les sans diplôme, les sans expérience professionnelle, les employés, les cadres moyens...

De surcroît, il y eut tout un lot de scandales : carrefour du développement, affaire Urba, prêt de Béré, sang contaminé, frégates... Bien-sûr, les politologues opéraient le distinguo entre enrichissement personnel et financement du parti, comme si l'argent détourné n'avait pas d'incidence sur le quotidien de la population, comme si être élu de la République et parfois cumulard ne permettait pas de s'enrichir !

Aussi, une partie des électeurs de gauche, généralement la plus humble, celle qui a été déclassée, exclue, précarisée au chômage forcé, plongée dans la misère, à l'horizon bouché, ne s'est plus reconnue dans le principal parti de gauche.

La gauche gouvernementale oubliait ce pour quoi elle avait été portée au pouvoir...

Alors, dans ce cauchemar politique et social, il ne manquait que le Front National avec des slogans haineux tels que "tous pourris", "la France aux français"...

Et aujourd'hui, ça recommence ?

Nul ne peut l'affirmer.

On sait seulement que les maux dont souffraient la République dans les années 80-90, et même en 2002 quand Le Pen se retrouva au 2d tour de la présidentielle, sont toujours présents . Voire, plus graves encore.

La République est malade par la remise en cause du contrat social et la négation du clivage gauche-droite.

Jusques dans les années 80, la République se caractérisait par un arsenal normatif protecteur, des services publics et une sécurité sociale qui non seulement protégeaient la population des pires effets du capitalisme, mais lui donnaient le droit d'espérer à un meilleur avenir.

Ce fameux modèle social a peu-à-peu été détruit par les gouvernements de droite et de gauche, convertis au dogme du néo-libéralisme. Même la gauche a asséné qu'une autre politique n'était pas possible pour justifier ses propres renoncements.

Depuis 2002, le PS s'est révélé incapable d'analyser sa pratique du pouvoir, de défendre un programme de transformation sociale ou d'étudier les expériences de gauche sur le continent américain. Pire, ses principaux dirigeants comptent sur le désenchantement du peuple et une alliance avec le centre pour reprendre le pouvoir.

Le PS a renoncé à être un ensemble qui pense et qui agit collectivement. Chaque cacique a désormais son petit fan club avec ses supporters, qui espèrent avoir misé sur le bon cheval !

Le PS s'est réduit à une marque qui ne s'embarrasse ni de principes ni d'idées, mais qui permet encore à ses candidats de gagner des élections locales, grâce au vote réflexe, dit vote utile. Même dans des cas extrêmes comme à Hénin Beaumont. La préparation des élections régionales est d'ailleurs un cas d'école du vide politique qui règne au PS.

De fait, le clivage droite-gauche est devenu moins lisible, surtout pour celles et ceux qui ont été exclus du système économique... Certains électeurs sont tombés soit dans l'abstention, soit dans le vote frontiste. La gauche gouvernementale, plus particulièrement le parti socialiste, s'est rangée sous la bannière social-libérale, à l'instar du SPD ou du New labour, tandis que la droite sarkoziste a pratiqué la confusion avec le débauchage de politiciens venus du PS et une offensive dans le sociétal.

Dans ce contexte, n'oublions pas aussi que le débat politique est faussé grâce au concours des médias dominants qui favorisent systématiquement les tenants de l'idéologie libérale, du libre-échange moderne et de la mondialisation heureuse, de l'UMP au PS en passant par les Verts et le Modem. D'ailleurs, comment expliquer l'émergence du MoDem en 2007 sans évoquer une perte de repères due notamment à la négation du clivage gauche-droite et à un enfumage médiatique qui en a trompé beaucoup ?

Quelle tartufferie que ce front républicain vendu par les mêmes médias complaisants, comme si la petite entreprise de la famille Le Pen mettait en danger la République ! Les gagnants sont le FN, et l'UMP qui redore à peu de frais son image. Deux perdants : la gauche et la République.

A ce front républicain qui regroupe bon nombre de fossoyeurs de la République, nous préférons le Front de gauche